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L'OFFICE CULTUREL DE CLUNY

L'Office Culturel de Cluny (O.C.C.) est une association de droit français régie par la loi de 1901 et déclarée en mars 1964.

PROLOGUE

« La lumière procède du noir... »

A la toute origine, un jeune comédien, Olivier Fenoy, questionné par la démarche picturale d'un Paul Klee («... La lumière procède du noir... ») se laisse interpeller par l'approche esthétique de Kandinsky qui affirme dans « Du Spirituel dans l'Art » que ne peut être Beau que « ce qui procède d'une nécessité intérieure de l'âme ».

Cherchant à être vrai dans son art, à l'école de ces grands maîtres du XXème siècle, il en vient à se poser la question, pour lui fondamentale, du comment on peut être « sujet » de l'acte que l'on pose au théâtre et non « objet », à l'exemple d'une Edith Piaf, alors même que l'artifice du milieu le pousse inexorablement comme nombre de comédiens qui l'entourent à se recevoir « de l'extérieur ». Saisi dans sa quête de sens par les mots du Pape Pie XII écrits ou prononcés au cours des années 1948 à 1953 dans le cadre de deux discours et d'une lettre aux artistes, il en fait son credo.
Dès décembre 1963, il rassemble les trois extraits les plus parlants de ces exhortations pontificales en un seul et propose le petit texte qui en résulte, comme vision fondatrice, à la jeune compagnie qu'il suscite :

... « Le Beau doit nous élever... La fonction de tout art consiste à briser l'espace étroit et angoissant du fini dans lequel est plongé l'homme tant qu'il vit ici bas, pour ouvrir une sorte de fenêtre à son esprit qui tend vers l'infini... En face d'une culture sans espérance, considérez l'art comme source d'une espérance nouvelle. Faites sourire sur la terre, sur l'humanité, le reflet de la Beauté et de la lumière divine, et vous aurez, en aidant l'homme à aimer tout ce qu'il y a de vrai, de bon, de pur, de juste, de noble, d'aimable, contribué grandement à lœuvre de la Paix... ».

Corroborant l'acte de naissance de l'association déclarée en 1964 sous le nom de " Centre Culturel de Cluny " en référence au Quartier Latin où elle est alors implantée, ces propos de Pie XII ainsi raccordés ne tarderont pas à se révéler comme " le " texte fondateur de la Troupe de théâtre naissante.

ETAPE IDENTITAIRE
A la confluence de deux sources, l'une artistique, l'autre spirituelle

Le théâtre de Jacques Copeau

Lors des toutes premières rencontres qui suivirent la fondation de l'association et alors que la troupe répète « Le jeu de l'amour et du hasard » de Marivaux sous la direction de Georges Descrières, Sociétaire de la Comédie Française, Olivier Fenoy fait la connaissance de Michel Richard, ancien Comédien Routier, disciple de Jacques Copeau et proche collaborateur de Léon Chancerel vingt ans durant, qui devient Président du C.C.C. à l'automne 1964. Par là s'établit un lien identitaire, une sorte de filiation artistique avec Copeau et le fondateur des Comédiens Routiers, qui ne se démentira jamais, Chancerel tout comme son disciple Hubert Gignoux ayant profondément marqué et encouragé l'initiative.
De Copeau, outre son enseignement majeur quant au jeu vrai du comédien,à l'importance de la lumière, ou quant à la sobriété de la scénographie et des décors , les fondateurs de l'O.C.C. devaient retenir cette volonté marquée du « Patron » mise en œuvre dès 1913, à savoir : réunir ses compagnons à la campagne, loin des artifices de la ville, afin de constituer une authentique compagnie, « un corps commun » partageant tout de leur vie au quotidien.

La pensée de Léon Chancerel et Hubert Gignoux : unité du couple Création et Animation

De Chancerel et des comédiens routiers par ailleurs, ils devaient retenir comme fondamentale la complémentarité entre professionnels et amateurs et ce, alors même que, venus du théâtre et se retrouvant en situation d'animation, allaient s'ouvrir pour eux, par le biais de la vie associative bien entendu, les vastes champs de l'Education Populaire qui leurs étaient jusque là parfaitement étrangers... (Tout comme l'expression elle-même d'ailleurs). Franchissant cette étape décisive, les premiers animateurs-comédiens, comédiens-animateurs du Centre Culturel de Cluny devaient en cela faire leur la seule problématique qui sembla préoccuper le vieil homme, au seuil de sa vie.
Ayant pris assez rapidement conscience, sur le terrain, des conséquences désastreuses de ce qu'Hubert Gignoux nommait : « Cette unité perdue d'un couple qui ne faisait qu'un et dont les deux moitiés séparées souffrent de ne pouvoir se fondre l'une dans l'autre », ils eurent à cœur de toujours privilégier ce lien inné non pas « qu'il pourrait y avoir » mais « qu'il y a » entre Création et Animation.

Enfin, pour avoir réalisé, à l'école de Michel Richard que « distinguer créer et animer dans la Grèce Antique était tout simplement impossible de par le statut officiel ou, plus précisément, organique, de la fonction théâtrale dans la vie de la Cité », ils ne devaient pas tarder à mesurer la portée socio-politique d'une telle analyse... tout en gardant, de manière subsidiaire, de l'épopée des Comédiens Routiers, la référence aux Grecs et au Moyen Age, à l'Orestie et aux Mystères... référence qui s'avérera par la suite élémentaire lors de la mise en œuvre de grands spectacles d'Histoire et d'Expression Populaire au Creusot, à Québec ou encore au Chili.

Rencontre des Focolari, une spiritualité de l'Unité

Cependant, alors qu'ils s'installaient à Galicet dans les Yvelines pour suivre l'exemple du vieux maître, c'est chez les Focolari - mouvement chrétien pour l'Unité fondé par Chiara Lubich - que les « clunisiens » devaient trouver ce qui avait manqué à Copeau pour que son initiative perdure.
Se situant ainsi à la confluence de ces deux sources, l'une artistique, l'autre spirituelle, ils allaient faire éclore un, puis au fil des années, plusieurs corps professionnels et non plus associatifs : Troupe de Théâtre, Ensemble Musical, Atelier de Scénographie, Atelier d'Architecture et d'Urbanisme, etc. chacun formé en son sein d'hommes et de femmes engagés à être dans leur métier et dans le monde qui est le leur, ferment d'espérance et selon une expression employée par Jean-Paul II dans un message adressé aux laïcs chrétiens, qui leur est chère, capables de « solutions seulement probables ».

L'ANIMATION SOCIO-CULTURELLE
« Pour une politique de la culture »

Nourris par cette manne venue des grands anciens dont ils se savaient appelés d'une certaine manière à prendre le relais, Olivier Fenoy et ses premiers compagnons devaient encore se reconnaître dans l'interpellation de Pierre Emmanuel évoquant la Culture, au point de la choisir, avant même d'avoir pu en rencontrer l'auteur... comme exergue d'un des tous premiers documents présentant l'O.C.C. à savoir :

Un constat tout d'abord :
« La culture acquise, bagage intellectuel ou vernis à la mode, se réduit trop souvent à un système de mots de passe par lequel une élite prétend se reconnaître, même si le contenu de son savoir lui est indifférent... »

et puis dans un second temps,
« La vraie culture, elle, est une passion, une disposition de tout l'être, une façon de croire à l'homme, de se sentir responsable de la forme humaine, en somme d'aimer... »

pour s'achever sur un nouveau constat, mais ô combien évident :
« Homme de foi, le paysan et l'ouvrier peuvent l'être autant que le grand intellectuel »

Par la suite, les permanents de l'O.C.C. s'attelleront à transposer en acte et sur le terrain de l'animation le livre de l'Académicien « Pour une politique de la culture ».

Deux extraits de ce livre parmi cent qui mettraient en lumière les mêmes proximités de vue et de choix de vie méritent d'être signalés ici. Ils sont pris dans l'avant-propos de l'ouvrage et montrent à quel point Olivier Fenoy et ses amis ont pu se sentir rejoints et comme "adoubés" dans leur engagement par le grand poète avant même que celui-ci ait adhéré, bien que sur le tard, à l'Office Culturel de Cluny pour avoir été sensible à la convergence entre son point de vue et le leur.

Le premier évoque Edmond Michelet, lequel, Ministre en charge des Affaires Culturelles en 1969, avait confié à Pierre Emmanuel la Présidence de la dite Commission :

« Michelet était un de ces hommes qui ont payé cher le droit d'être homme et ses actes publics n'ont tendu qu'à faire reconnaître ce droit comme le droit de tous. Ce droit, il l'avait toujours considéré essentiellement comme un service, mot qui n'est guère à la mode mais le redeviendra. Servir est une activité créatrice : peut être celle qui, pour diverses que soient les tâches, maintient dans l'être une inébranlable unité... »

Le second devait apparaître aux responsables de l'O.C.C. comme le fac simile de leur propre feuille de route quant à la manière d'appréhender en tant que créateurs et animateurs leur mode de présence aux hommes dans une société prise au piège de l'intelligence ayant « mis elle-même en système [et] avec une rigueur d'abstraction que nulle autre civilisation n'avait connue » tous les rouages de l'Etat :

« J'ai choisi non de consolider un système, mais de le transformer du dedans.
Je l'accepte dans la mesure où sa cohésion reste nécessaire à l'existence de ces multitudes qu'il a fait croître, qu'il a conditionnées et placées sous sa dépendance parfois absolue. Mais ce conditionnement, cette dépendance, je suis de ceux qui veulent travailler à les briser, au spirituel et au social. La seule façon d'y parvenir sans tomber dans une aliénation nouvelle est de susciter, à l'intérieur du système, des formes nouvelles d'association. De proche en proche, ces groupements solidaires le métamorphoseront en une authentique cité terrestre, sans anéantir les richesses d'intelligence investies en lui : sans étêter non plus de son audace le projet que le système a rendu babélien faute de le garder humainement homogène. Homogène, c'est-à-dire à la mesure, dans sa totalité et ses parties, des communautés différenciées dont l'ensemble devrait constituer l'État.

Pour passer du présent État omnivore... à une coopération populaire décentralisée et d'autant plus convergente, il faut un large accord de tous ceux qui, définissant réciproquement leurs capacités, triant ensemble leurs idées, dégageant celles qui leur sont communes, cherchent dès aujourd'hui à s'interpénétrer socialement, à s'instruire les uns les autres de ce qu'ils savent chacun pour soi de façon jusqu'ici stérile.
Ces coopérateurs éventuels, on les trouve partout, et, pour être des gens qui pensent, ce ne sont pas tous des intellectuels ; quand ils le sont, l'idéologie cède chez eux à la pratique. Il leur reste à découvrir ensemble quelle source d'enrichissement ils sont chacun pour les autres, quand ils s'unissent pour épanouir leur personnalité et mettre en partage leurs compétences, qui cessent dés lors d'être des « spécialités » étanches pour devenir des vases communicants.
»

Autre référence, beaucoup plus tardive, avant de clore ces quelques brèves réflexions sur l'approche du fait culturel par les membres de l'O.C.C., ou :
l'histoire d'une rencontre en deux temps :
D'abord celle avec le discours prononcé à l'Unesco le 2 juin 1980 par le Pape Jean-Paul II dont un court extrait dira ici toute la teneur :
« La culture est ce par quoi l'homme, en tant qu'homme, devient davantage homme, «: est »: davantage, accède davantage à l'être. »

Ensuite, celle avec son auteur, à l'occasion d'une audience privée accordée par le Souverain Pontife à quatre des fondateurs de l'OC.C. dont Sophie-Iris Aguettant et Olivier Fenoy le 29 janvier 1981 au Vatican : fait crucial, comme le Saint Père s'inquiétait de connaître les fondements de l'œuvre entreprise par ces hommes et ces femmes mus par leur foi chrétienne dans leur engagement aussi bien artistique que sociétaire et que lui étaient redonnés les textes fondateurs de Pie XII, de Pierre Emmanuel mais aussi l'extrait de son propre discours à l'UNESCO, Jean-Paul II devait exhorter ses visiteurs non seulement à donner aux femmes pleine co-responsabilité dans les arcanes d'une telle fondation, leur génie propre étant indispensable à la création et à l'animation culturelle mais également, il devait évoquer la question du travail humain alors qu'il se préparait à publier l'encyclique Laborem Exercens à savoir que la finalité du travail (et par là de toute création) n'était pas d'abord « l'œuvre » mais « l'homme ».

Cette rencontre avec un personnage clef de la dernière partie du XXème siècle et avec un enseignement aussi traditionnel que prophétique devait confirmer pour les « clunisiens » le concept de Culture qu'ils n'avaient jusque là cessé d'appréhender et ce, de façon magistrale : magistrale au sens « d'expression du Magistère » en tant que catholiques sans aucun doute, mais plus encore au sens de « point d'orgue » appelant chacun en son particulier à devenir chaque jour « davantage homme », autrement dit à une continuelle remise en question de leur don au cœur de la pâte humaine en tant que laïcs artisans en humanité.

Le Centre Culturel de Cluny devient l'Office Culturel de Cluny en 1968

Durant ce laps de temps, ou, plus précisément de 1964 à 1981, le Centre Culturel de Cluny devenu l'Office Culturel de Cluny en 1968, dont le champ d'action s'était élargi de manière tout à fait empirique, devait franchir plusieurs étapes identitaires quant à l'éventail de ses activités d'abord spécifiquement théâtrales pour devenir au fil des ans plus largement socioculturelles, ce qui, par voie de conséquence devait moduler autrement son organisation comme sa présentation.

Conduits par les tournées de la Troupe de Théâtre, puis, successivement, par celles de Danse, de Musique et enfin de Ciné-Club ou de Conférences-Films à rayonner dans les milieux universitaires à travers toute la France et portés par un véritable engouement estudiantin de 1965 à 1970, les animateurs de l'O.C.C. contribuent largement, dans un premier temps, à faire naître, en lien avec ces étudiants et à leur initiative, des associations bouillonnantes d'activités éphémères dans un certain nombre de grandes villes . Cependant il est important de retenir de cette première époque, que suscitées de manière à chaque fois autonome, ces associations s'inscrivent déjà dans une volonté spécifiquement « clunisienne » de décentralisation alors que le Centre Culturel de Cluny se mue en Office de création, d'animation, de diffusion et de documentation tout en esquissant des tentatives de Festivals à Entrevaux en 1968 et à Levens en 1969 pour permettre des rencontres entre tous ainsi qu'avec un public difficile à fidéliser.
Dans le cadre de ces Festivals seront présentés : « Renaud et Armide » de Cocteau, « Andromaque » de Racine, « Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc » de Péguy... mais aussi des récitals comme celui de John Littleton etc...

La terre de la de la Sainte Espérance, dans l'Aube

En 1969, alors que le siège social de l'O.C.C. devait demeurer à Paris, la Troupe au sens large avait quitté les Yvelines et, toujours dans l'esprit de Jacques Copeau, s'était installée au Mesnil Saint Loup sur la terre dite de « la Sainte Espérance. »

A la toute origine de cette démarche, une volonté : être proche d'Henri Charlier, sculpteur et essayiste de renom qui, ayant travaillé plus de dix ans à l'atelier d'Auguste Rodin avant la guerre de 14-18, avait décidé dans les années 1920 de quitter Paris et, engagé dans l'oblature avec son épouse, de venir s'établir avec elle à l'ombre du petit monastère bénédictin érigé à la fin du XIXème siècle par de saints moines avec la complicité des villageois, au cœur de cette commune de l'Aube... exemple, on le verra, qu'Olivier Fenoy et les siens allaient suivre.

Mais Charlier, pour être d'abord Rodin, c'était aussi Gauguin, c'était Erik Satie, Duboscq et à travers lui Chausson et Debussy, en plus de la peinture, de la fresque et de la sculpture, de la musique, c'était aussi la poésie et la littérature jusqu'à accueillir Gabriel Marcel qui n'était pas « de son bord » bien que converti ; c'était principalement pour les « clunisiens » outre l'initiation au trait et à la taille directe, une petite école fondée dans les années 30 : Petite école informelle de convivialité avant d'être celle de vrais grands artistes et de savants dont il leur était proposé d'une certaine manière de prendre le relais avec Matisse, Cendrars ou bien Tagore sans oublier Messiaen (allusion à une première poétique musicale répétée au Mesnil et donnée à Paris en mai 1969 au temple de l'Etoile).
Aussi quand Dom Grammont, Abbé du Bec, avait accepté de mettre à leur disposition le monastère du Mesnil (désaffecté depuis les années 50), cela avait tout de suite été dans leur esprit pour y ouvrir un centre d'initiation aux Beaux Arts et un peu plus tard de formation à l'animation.

L'Animation Globale Méthodique : Une démarche empirique

Une stratégie de développement née du souci des personnes et des communautés qui constituent la cité

En 1970, première grande mutation vers l'éducation populaire et l'animation socioculturelle. Un député centriste, maire d'une ville moyenne, demande à Olivier Fenoy de prendre en charge l'Office Social et Culturel de sa ville. Il s'agit de coordonner la vie associative locale en mettant différents moyens à sa disposition, de participer à un nombre considérable de réunions concernant l'enfance, la délinquance dans les quartiers, le mal-être de familles récemment installées dans une ville qui a vu doubler sa population en une génération ; et bien évidemment de programmer spectacles, concerts et conférences au Théâtre Municipal, au demeurant des propositions qui ne concernent que fort peu la population, hormis dans le cas des J.M.F. et du ciné-club.
A ces données communes à nombre de villes moyennes dans les années 70, s'ajoute un vrai problème de communication et de relations (mêmes commerciales) entre les quartiers, comme entre ces quartiers et le centre-ville d'une agglomération ayant poussé trop vite et sans âme... pour ne pas dire marquée de sinistrose en son centre.
Si telle est la raison pour laquelle il a été fait appel aux « clunisiens » du fait de leur prise de position quant à la qualité de la vie en référence à Pierre Emmanuel, ceux-ci ne tarderont pas à affirmer, pour l'avoir remarqué dès le premier coup d'œil avec le regard neuf de l'étranger qui « débarque », que la clef des problèmes de cette ville réside dans son urbanisme et son architecture. Quant à imaginer que c'est spécifiquement sur ces questions de cadre de vie que porteront durant les cinq années qui s'en suivirent tous leurs efforts d'animation et de restructuration, via leur présence assidue dans les foyers de jeunes, les quartiers et le milieu scolaire, la coordination de la vie associative, la programmation des spectacles, récitals et concerts, leur participation à la fondation de l'ATAU (Atelier d'Architecture et d'Urbanisme), la mise sur pied d'un festival dit « de Printemps » où ils accueilleront quelques 11500 spectateurs en quinze jours après avoir fait planter un grand chapiteau sur la place centrale et obtenu que soient rendues piétonnes les rues adjacentes y conduisant, afin de tenter des expériences d'aménagement urbain..., ils en sont loin.

Vision organique de la « ville-corps vivant »

Commence plutôt à l'automne de 1970 un travail méthodique et d'abord capillaire de relation de personne à personne dans chaque quartier (essentiellement les plus populaires), au cœur de chaque association en privilégiant les liens naturels avec les jeunes. S'appuyant sur leur expérience de la scène qui veut qu'on ne puisse proposer à l'autre de se révéler « sujet » de l'acte qu'il pose (en l'occurrence dans le cadre de rencontres et d'animations) qu'autant qu'on en prend le risque soi-même, les animateurs de l'Office en viennent à avancer comme premier postulat qu'en fait d'animation dite « socioculturelle », si « Une personne est achevée par une autre personne » il est aisé d'en déduire qu'une culture est achevée par une autre culture... voire... un quartier par un autre quartier, et en fin de compte que seul le souci de la personne humaine dans le respect de son unicité, peut conduire au souci de la cité tout entière !

Découvrant cela, ils ne savaient pas encore qu'ils rejoignaient la pensée d'Emmanuel Mounier et les tenants du Personnalisme. Pourtant c'est cette pensée qui, par le biais d'une rencontre fortuite avec l'un de ses disciples, va bientôt devenir l'une de leurs principales références.

FONDEMENTS DE L'ACTION CULTURELLE
L'attitude personnaliste, la révélation de la beauté, l'engagement
I - Une attitude personnaliste

Que devait donc apporter la pensée autant que l'exemple d'Emmanuel Mounier à l'Office Culturel de Cluny ?

La prise en compte par ses membres de l'apport inestimable du « Personnalisme Communautaire » en tant que philosophie de la personne répondant à leurs yeux aux attentes de tout être humain qu'il soit chrétien, monothéiste ou agnostique.

La confirmation pour les « clunisiens » d'une évidence ayant posé problème (ou du moins une question typiquement française...) à nombre de leurs interlocuteurs, qu'ils soient gens d'Eglise ou issus de la Société dite Civile. A savoir que, pour un chrétien, il peut (et doit) se situer légitimement en tant que tel au cœur du monde, que ce soit dans son art ou dans son métier, sans pour autant se croire obligé de se laisser marginaliser dans une quelconque relégation du type association confessionnelle ou caritative, surtout si l'on parle d'art et de culture (à moins de ne rien y entendre).
Prétendre l'inverse et vouloir confiner la vie chrétienne dans la seule sphère de la vie privée s'avère en effet être en totale contradiction avec les Evangiles mais également avec une saine conception de la laïcité.

« En sainteté, écrivait Péguy, en matière de sainteté, c'est le privé qui porte le public et... le public est tout soutenu, tout nourri du privé ».

Quand à Pierre Ganne sj. dans un ouvrage présentant des écrits du fondateur d'Esprit, il poursuit :
« Au-delà ou en deçà du public et du privé, il y a la personne et son secret, son mystère créateur. L'activité personnelle de Mounier « se ressource » dans sa foi... et c'est là, dans ce privé transcendant, tout ensemble mystérieux et éclatant, qu'il trouve le principe et le fondement du véritable universel. Son projet, qui unit organiquement la personne et la communauté puise dans ce foyer toute son inspiration créatrice ».

Reste pour le chrétien à se laisser être témoin en se mettant au service d'une humanité à accomplir au lieu de s'égarer dans des formes de prosélytisme qui prétendraient, vainement d'ailleurs, vouloir restaurer un concept dépassé de « société chrétienne ». Une chose est de faire référence dans ses choix à une saine anthropologie chrétienne dans le respect de la conscience d'autrui, une autre est de vouloir imposer son point de vue.

L'engagement : C'est là l'une des exigences intrinsèques de l'être, l'être profond en chacun, en chacune, étant naturellement mû par l'impatience de se dire en tant que personne humaine. Il s'agit là de cette fameuse « nécessité intérieure ».

Or, cela a déjà été affirmé en évoquant le comédien, l'artiste, le créateur : se limiter dans son don en ne s'engageant pas, revient à se limiter dans sa liberté d'être, phénomène sociologiquement dramatique par les temps qui courent. Ce postulat, les membres de l'Office Culturel de Cluny l'ont toujours fait leur, mieux, on peut affirmer que c'est dans une conscience aiguë de cet engagement nécessaire que, depuis l'origine de l'association, ils se sont reconnus.

ETAYAGES

Mais qu'en disent Mounier et en l'occurrence Paul-Louis Landsberg réunis dans l'introduction d'un ouvrage récent par Guy Coq pour leur concordance de point de vue sur ce thème ?

« Il y a chez Mounier une véritable philosophie de l'engagement étroitement liée à une pensée de l'action. L'engagement [chez lui] a plusieurs formes : il est humain, éthique, politique, spirituel, selon la dimension de l'action qui domine. Mais aucune forme de l'engagement ne peut être pensée de manière totalement indépendante par rapport aux autres. La force de Mounier est d'avoir compris la nécessité de penser les engagements dans leur globalité, certes en les distinguant, mais en même temps dans leur liaison, au niveau de l'unité personnelle de chaque être »

« Mais dans le prolongement de Péguy, Mounier est sensible à la structure essentielle de l'engagement. Nos engagements temporels sont toujours déjà des engagements spirituels et d'autre part nos engagements spirituels ont toujours une inscription temporelle. Ils appellent une traduction au plan de la cité, de l'humanité et ils expriment l'incarnation, notre condition d'êtres sensibles, corporels et de chair. Sur ce plan, le seul philosophe du XXième siècle auquel Mounier pourrait être comparé est Merleau-Ponty. Mais son intuition de l'unité personnelle des divers engagements, Mounier l'inscrit dans un acquiescement sans réserve à la société laïque ; celle-ci n'est pas chrétienne, mais les chrétiens doivent participer à sa construction avec tous les autres. La chrétienté a peu duré, nous explique l'auteur de « Feu la chrétienté », [et] de toute façon elle est morte. «... Aussi » que les engagements temporels soient déjà spirituels ne signifie pas pour Mounier un retour aux confusions entre Eglise et Société... [C'est pourquoi] il repousse vivement toutes les tentatives de cléricalisme ».

Quant à Landsberg que dit-il ?
Que «... le caractère historique de notre vie exige l'engagement comme condition de l'humanisation » rien moins ! ; « On voit que pour lui, continue Guy Coq, l'engagement n'est pas une sorte de supplément gratuit à la méditation. C'est une condition nécessaire de l'accomplissement humain de chacun. Car la vie de chaque humain appartient non seulement à son histoire individuelle mais à l'histoire collective de la société, à l'histoire globale de l'humanité. On ne s'engage pas dans l'histoire, on y est déjà impliqué. L'engagement personnel est la reconnaissance de cette implication et consiste à l'assumer consciemment. D'où « le refus » chez Landsberg (mais également chez Mounier) de l'idée qu'une position neutre soi-disant au-dessus de la mêlée [puisse permettre] de mieux connaître l'histoire en train de se faire : " Loin d'être un obstacle dans la recherche de la Vérité, écrit-il, l'engagement nous fait connaître intimement les directions de notre vie historique, avant de préciser, qu'on ne peut pas discerner les enjeux de valeurs abstraitement. »

II - La révélation de la beauté inhérente en tout homme comme en toutes choses.

Pour reprendre le vocabulaire de Mounier, son mot avec sa majuscule, de tels apports devaient rejoindre au plus intime « l'Esprit » des fondateurs de l'Office Culturel de Cluny. Apports qui, après les avoir sur le moment enthousiasmés, devaient par la suite les faire radicalement évoluer sans pour autant qu'ils ne dévient jamais de cette intuition originale à l'OCC , « prophétisée » d'une manière définitive par Dostoïevski :
« ... la Beauté sauvera le monde... »

Et ce, d'autant que pour avoir été des comédiens, des musiciens, des danseurs ou bien encore des créateurs dès l'origine de l'association et, bien que rejoints entre 1972 et 1975 par tel architecte-urbaniste, tel sociologue, tels enseignants et autres éducateurs, ils n'on jamais cessé de savoir, qu'ensemble et communautairement « animateurs socio-culturels » se voulant au service du bien commun, ils devaient veiller à demeurer en toutes situations des artistes... autrement dit, des révélateurs de beauté, de cette beauté inhérente en chacun comme elle l'est en toutes choses.
Convaincus de cela, comme pour l'appel de Pie XII, les affirmations de Pierre Emmanuel, de Mounier ou de Jean-Paul II, ils allaient faire leur le discours non prononcé d'Alexandre Soljenitsyne en 1970, pour son prix Nobel de littérature et communier à ce propos mille fois cité et largement commenté dans leurs publications comme dans leurs assemblées :

« Ainsi cette ancienne trinité que composent la vérité, la bonté et la beauté n'est peut-être pas simplement une formule vide et flétrie, comme nous le pensions aux jours de notre jeunesse présomptueuse et matérialiste. Si les cimes de ces trois grands arbres convergent, comme le soutiennent les humanistes, mais si deux des troncs trop ostensibles et trop droits que sont la vérité et la bonté sont écrasés, coupés, étouffés, annihilés, alors peut-être surgira le fantastique, l'imprévisible, l'inattendu : les branches de l'arbre de beauté perceront et s'épanouiront exactement au même endroit et rempliront ainsi la mission des trois à la fois »

III - L'Engagement : une nécessité partagée

Rassérénés par ces exemples et interpellations faisant autorité et qui, les uns après les autres, venaient confirmer leur élan premier,
En charge contractuelle de projets d'animation socioculturelle dans des communes allant de 30000 à 65000 habitants,
S'étant vus confier la programmation des festivités estivales d'une importante station balnéaire sur le littoral atlantique alors que la troupe de théâtre se prépare à présenter à Paris « Miguel Manara » de Milosz dans le cadre des Journées de l'Eglise Saint-Germain des-Prés,
Ayant tout en même temps accueilli comme une évidence que l'Office Culturel de Cluny, fort de son rayonnement et de la mise en place de ses premières sessions ou stages de formation ait été agrée à l'échelon national par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs en 1972 et qu'en cela l'association soit « reconnue d'intérêt général »...
Les Permanents de la petite équipe dirigeante de l'Office, pour être travaillés au souffle de l'esprit dans tout ce qu'ils créent, suscitent ou entreprennent, ne peuvent échapper dans ces années-là aux multiples interrogations que leur posent, création après création, opération d'animation après opération, leur choix de vie commune et leur mode de vie pourtant si naturels lorsque l'on a entre vingt et trente ans et que de surcroît on est tous ensemble a priori chrétien.
Interrogés par le réel, plus on leur fait appel, plus ils cherchent à mettre en adéquation leur démarche toute intime et d'abord personnelle avec ce qu'ils proposent bien au-delà d'eux-mêmes comme réponse universelle à la question existentielle de toute personne humaine.
Déjà, pour nourrir sa Foi en Jésus de Nazareth reconnu premièrement comme homme parmi les hommes et tout ensemble Verbe Incarné et réalisant au fil des jours que Celui-ci est par excellence cet Autre qui lui propose de cultiver une authentique relation de personne à personne, Olivier Fenoy, à titre bien évidemment personnel mais bientôt suivi par d'autres, est dès 1969 devenu Oblat Bénédictin.
Par cette reconnaissance d'une terre qui était bien la sienne, il avait eu conscience d'inscrire son premier appel dans la sagesse d'une spiritualité ayant de solides racines, laquelle, par l'exercice constant de " L'Ora et Labora " devait lui permettre à coup sûr, selon l'expression de Dom Grammont, de trouver son propre Gulf Stream pour autant qu'il serait fidèle à « l'Ecoute ».
Rejoint dans cette démarche par deux de ces quêteurs de sens soumis tout comme lui après Mai 68 à la tyrannie des idéologies et cherchant à s'en affranchir, il sait également par là, en toute connaissance de cause, et c'est essentiel, avoir pris un juste chemin pour éviter de se laisser prendre au piège que lui a indiqué son ami Marcel Légaut, à savoir : en rester à ne se conformer qu'à « une doctrine », comme nombre de ceux des milieux séculiers qu'il fréquente, qu'à une religion d'abstraction toute morale, celle-ci fut-elle conséquente d'une théologie et d'un enseignement ayant autorité.

Quel type d'engagement ?

Cependant, pour être un sillon de grand fond qui devait ordonner leur démarche, l'oblation bénédictine quant à elle largement répandue dans le monde et depuis quinze siècles, ne devait suffire à nommer leur identité particulière...
... Si, « l'engagement historique (et existentiel) de notre vie exige l'engagement comme condition de l'humanisation » selon le mot de Landsberg, s'il est le moyen incontournable qui seul peut permettre à l'homme, à l'artiste, d'être sujet de l'acte qu'il pose, s'il est la source de la Création...
...trois questionnements se font jour :
Quel type d'engagement inter-personnel s'agit-il de vivre en tant que laïc chrétien saisi par l'Esprit dans son état et dans sa profession pour répondre toujours mieux et ensemble à ce que Marthe Robin dès 1966 définissait comme leur vocation première, à savoir, pour répondre à Nietzsche, être dans leur art et dans leurs métiers « Icône de la Trinité », expression que le père Marie-Dominique Philippe traduira par " Créateurs parce que Trine " ?...
Comment ne jamais permettre la moindre distorsion entre engagement à la personne du Christ (pour le noyau fondateur) et engagement non pas seulement « dans le monde » - selon l'expression consacrée en milieu chrétien et à connotation prosélyte - mais dans la matière, dans l'acte et le concret, dans le réel enfin, puisque par là seulement - mystère d'Incarnation - peut se révéler la Beauté... ? ...

Comment enfin s'inscrire dans la durée..., la durée, le temps, la pérennisation de l'œuvre entreprise ayant toujours été parmi les soucis majeurs d'Olivier Fenoy au sens de proposition universelle libérée de toute notion de réussite personnelle ou groupusculaire... ? ...

Certes, ils savent, pour l'avoir faite leur dès 1967, l'expérience (hélas) limitée dans le temps de Jacques Copeau et des « Copiaux », celle du Bauhaus de Walter Gropius rejoint par Kandinsky, Klee et bien d'autres mais également éphémère ; celle dans l'air du temps -et ils sont de leur temps- de certaines communautés hippies prônant la non-violence.

Certes, ils n'ignorent pas l'aspiration communautaire de Mounier, celle suscitée à Mirmande par Marcel Légaut et les siens, le rêve d'une telle démarche sans s'y être risqué de Pierre Emmanuel... et s'ils ne savent que peu de choses sur l'Arche de Lanza del Vasto, par contre, pour être en lien avec Jean Vanier, ils connaissent de l'intérieur les Communautés dites également de « l'Arche » fondées par ce dernier... et puis, il y a comme dans leurs gênes cette continuelle référence au Mouvement des Focolari chez qui plusieurs d'entre eux, pour avoir entre autres séjourné à Lopiano, ont été à l'école de « l'instant présent », du « tout perdre » et de l'accueil de l'Unité comme source de vie.

Pourtant s'ils choisissent clairement quand ils montent un spectacle ou mènent une opération d'animation -celle-ci dût-elle s'étaler dans le temps- d'habiter « au présent » tous ensemble comme des frères et sœurs, qu'ils soient célibataires, fiancés ou même déjà mariés, ils ne s'attendaient pas, du moins pour quelque-uns au demeurant minoritaires, à être véritablement « conduits » en 1973 à devoir rendre explicite entre eux un choix d'engagement de vie implicitement contenu dans tout ce qu'ils avaient jusqu'alors initié.

Emergence d'un engagement origin

L'engagement avait été dix ans plus tôt le premier mouvement d'Olivier Fenoy à l'exemple des engagements de vie pour lui tout aussi parlants d'un Jean Vilar, d'un Péguy ou d'un Charles de Foucauld avant de s'avérer par l'Oblature Bénédictine, réponse à un Appel intérieur - On l'a vu.
L'engagement sur scène de ses premiers compagnons s'était révélé comme la condition sine qua non de leur authenticité en tant qu'artistes se voulant sujets de leur acte sur le plateau. On s'y est arrêté également.
L'engagement dans la relation de personne à personne comme clef de l'animation socioculturelle pour être en mesure d'aller du souci de la personne humaine au souci de la cité toute entière avait été reconnu par tous comme l'étape première et fondamentale de ce que les « clunisiens » allaient désigner bientôt par « Animation Globale »...
...mais pour être en vérité avec eux-mêmes et crédibles d'abord à leurs propres yeux, pour se nourrir dans le vécu du quotidien de la grâce reçue, ces différentes formes d'engagement « dans l'instant », demandaient en amont de tout engagement associatif ou structurel, un engagement premier ou plus exactement un engagement concomitant à l'acte.
Non pas à l'acte seulement théâtral, artistique ou socioculturel, mais, au regard de l'enjeu sociétaire, à celui de se reconnaître mutuellement appelés à être « présence efficiente » sur la scène du « grand théâtre du monde » en tant qu'hommes et femmes missionnaires de Beauté comme d'autres peuvent l'être de Charité ou de Justice sociale.

Maturations

C'était là et de façon empirique, non seulement la lente et sûre mise en œuvre de l'intuition première quant à une vision personnaliste du Beau et de l'animation culturelle, mais aussi, et bien que dans un contexte particulier, la prise en compte de l'enseignement Johanique sur la Trinité et l'Incarnation du Père Marie-Dominique Philippe, éminent Dominicain dont Olivier Fenoy depuis 1966 était particulièrement proche. Aussi, rien de surprenant à ce que cet enseignement auquel ils avaient été dans un premier temps initiés par le Père Georges Finet à Chateauneuf-de-Galaure et auquel ils avaient été assidus, soit venu comme tout naturellement corroborer leur démarche avant d'être par la suite modulé et approfondi par l'immense apport du théologien de la Beauté et de la Croix, Hans Urs von Balthazar...

...d'où la reconnaissance existentielle en chacun, en chacune pour mettre en œuvre cette interpellation d'origine chaque jour plus ouverte aux dimensions du monde et cet enseignement de haut vol, d'un engagement « dans les mains » de personne à personne se donnant mutuellement leur foi. Engagement qui, pour être en pleine cohérence avec leur démarche, demandait d'être explicitement nommé par le petit noyau des membres fondateurs de l'association comme réponse à l'appel du Christ dans la lumière de la Sainte Trinité pour se révéler dans le même mouvement - parce qu'intrinsèque à la personne humaine - point de focalisation commun à toute sensibilité, qu'elle soit religieuse ou non. En effet, considéré ainsi, l'engagement de tout l'être devient source irriguante de cette « nécessité intérieure » propre à chaque être humain, laquelle sinon ne tarde pas à s'enkyster pour se muer soit en nostalgie de ce à quoi « on avait » aspiré sans jamais pouvoir ou vouloir le réaliser, soit en illusions perdues qui, la plupart du temps, virent au dépit, voire à la désespérance.

L'école de Saint Benoît, le « gulf stream » de leur engagement

Tout en même temps et pour s'y être régulièrement ressourcés individuellement ou ensemble à l'Abbaye du Bec - sans que, vu de l'extérieur, cela ait jamais posé le moindre problème à qui que ce soit - le chant des heures ou le fameux Gulf Stream cher à Dom Grammont devait lentement s'inscrire dans leur vie quotidienne au point de la rythmer - ce qui, par contre, ne devait pas manquer de faire poser bien des questions à leur entourage, entre autres, ecclésiastique.
Pour eux cependant, quoi qu'il advienne et où qu'ils puissent être, il s'agit tout simplement chaque jour que Dieu fait et aujourd'hui comme hier « d'aller au Bec ». Par là, ils savent s'abreuver à cette source intarissable dans la droite ligne de l'oblature bénédictine et en filiation à l'invitation faite à tout baptisé par le Concile Vatican II d'être participant de l'Office Divin.
Toutefois, il est ici capital de noter qu'ils en vivent sans que cela puisse induire dans l'entendement de leur engagement un quelconque dualisme entre engagement de type religieux d'un côté et engagement professionnel de l'autre qui - pour avoir perdu son caractère éminemment prophétique et fondamentalement esthétique - prendrait le risque du même coup de n'être plus qu'un agir désacralisé plus ou moins bâtard, se voudrait-il artistique.

Un tel dualisme, soit dit en passant mais de manière définitive, reviendrait d'ailleurs à contredire radicalement l'intuition fondatrice développée plus haut alors que la psalmodie des heures étant par excellence le canal de la Grâce, en se laissant ainsi façonner jour après jour en leur particulier par l'intemporalité du chant de la Gloire, les « Clunisiens », hommes et femmes « dans le monde » comme tout un chacun savent avoir pris un chemin qui, les libérant de tout antagonisme et les conduisant à la contemplation, leur donne de goûter toujours plus avant et au quotidien à l'unité de la personne humaine.
De surcroît, notons qu'en cela, ils sont absolument conscients d'être, au creux de l'Histoire Humaine, en profonde communion avec le Peuple de Dieu pérégrinant à travers tous les temps et sous tous les cieux sans distinction de race ou de confession.

Les champs de l'Universel

Notons également que le fruit de la Contemplation propre à tout artiste mais en l'occurrence ordonnée au Père par le Fils, en les conduisant chaque jour « au désert » devait leur faire connaître cette solitude primordiale qui seule peut ouvrir l'âme aux champs de l'Universel.
Non pas de l'universel réduit aux dimensions d'une civilisation, laquelle, pour avoir de surcroît été liée des siècles durant à une vision fixiste du monde cherche immanquablement à imposer ses voies au point de juger que les autres traditions culturelles n'auraient en gros rien de valable, mais de l'Universel au sens fort et premier du mot, de l'Universel qui transcende toute uniformité sociologique et peut faire comprendre en ce qui nous concerne ici, l'une des aspirations fondamentales des « clunisiens », justifiant l'engagement d'une vie au delà de tout contexte particulier.
En effet " l'opposition entre l'actif et le contemplatif ne vaut que si l'on considère l'un et l'autre sur un mode mineur " affirme Eloi Leclerc.
Trois citations de Marcel Légaut :
« Seule une communauté née de l'approfondissement de chacun et le promouvant, respectant toutes les potentialités humaines dans leur extrême diversité et y trouvant sa multiple splendeur, pourrait réaliser l'universel véritable ; aussi est-il hors de la portée de toute société religieuse, si parfaite soit-elle, qui resterait au niveau de la collectivité "... sorte " d'en-soi " dont " l'unité résulte de l'uniformité qu'elle établit entre ses membres dans leur adhésion à la doctrine et leur soumission à la loi. »

« Quand l'homme moderne est suffisamment éveillé sur les dimensions de l'humanité, il lui est impossible de concevoir l'universel de la façon réduite et atrophiée qui ne pouvait être que telle jadis. Il doit désormais lui reconnaître une tout autre grandeur, une tout autre nature et l'inférer non seulement de l'ensemble des hommes considéré à un certain moment de leur histoire, mais aussi de tout ce qu'ils sont en puissance et qu'ils s'approprieraient en devenant plus complètement et plus purement eux-mêmes. »

« L'homme ne pressent l'universel véritable qu'à travers la prise de conscience de sa solitude essentielle.../... En temps normal, il faut entrer dans sa propre existence pour être capable d'entrevoir l'universel en soi et chez les autres. Il faut de toute nécessité être face à face avec soi-même et en contact avec sa solitude de base. Cette solitude est partie intégrante de l'universel ; elle le caractérise et le différencie de toute uniformité due à des ressemblances. Elle l'établit dans sa nature propre. Là où elle est perçue, acceptée et épousée comme un bien de l'être, l'universel n'est plus confondu avec un ordre général, même le plus riche et le plus capable d'extension. Inversement l'universel, lorsqu'il est suffisamment atteint, permet de reconnaître dans son essence originale cette solitude irréductible et de la distinguer de l'isolement puisqu'elle fonde le respect d'autrui et impose à l'amour de ne pas être possession ; elle permet la communion et lui interdit d'être identification. »

Enfin, autre conséquence de l'Office des Heures et de l'Oblature quant à la pérennisation de l'œuvre : Ils devaient toujours mieux appréhender à l'école de Saint Benoît, qu'une intuition, aussi nouvelle qu'elle puisse paraître et pertinente qu'elle soit, ne prend véritablement tout son corps qu'autant qu'elle s'inscrit en référence aux anciens pour ne porter son fruit, au cours des générations à venir qu'une fois traversée, expérimentée, nourrie, soufferte par des personnalités aussi diverses qu'hétérogènes.

Conclusion : Jésus-charpentier, architecte, comédien... dans une sorte de compagnonnage trinitaire.

Ainsi, ces trois questionnement majeurs s'étant maillés inexorablement... à savoir :
  - l'engagement interpersonnel dans la lumière de la Sainte Trinité appelant à la Contemplation, laquelle ouvre à la relation et non pas à la seule réflexion,
  - la non-distortion jusque dans le quotidien du spirituel et de la matière, autrement dit -pour être élémentaire à l'expression du Beau - de l'esprit et du corps,
  - le souci d'inscrire leur élan premier dans la durée,
...la cohérence de ce qui pouvait apparaître a priori comme une utopie s'était, au final, imposée. Mieux, pour s'être souvent posé la question de savoir, au regard de telle ou telle Encyclique Pontificale ou des Evangiles, comment Jésus-Charpentier aurait pu être tout aussi bien comédien, architecte ou journaliste dans une sorte de compagnonnage... trinitaire, bien entendu !... l'engagement à Sa suite et par petites entités professionnelles pour chanter la Beauté, libéré de toute limite dans le temps, devait se révéler comme la conséquence évidente de leur vie, relue, amendée et corrigée dans le discernement.

1975 - 1979 : NOUVELLE ETAPE ET MUTATION -
LES PREMIERES « MAISONS » OU CENTRES PERMANENTS

Et d'abord, une reconnaissance officielle...

L'équipe d'animation ayant largement contribué via l'Office Social et Culturel Municipal à ce que la Ville dont elle avait la charge soit lauréate du concours des Villes Moyennes, Olivier Fenoy est fait Chevalier de l'Ordre Nationale du Mérite et est appelé par Monsieur Jacques Chirac à siéger au Haut Comité de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs auprès du Premier Ministre.

...alors que la Troupe de Théâtre devient le Théâtre de l'Arc en Ciel

A la même époque et dès 1974, la Troupe de Théâtre monte « Ce soir on improvise » de Pirandello avec Geneviève Casile, Michel Arnaud et Jacques Destoop, Sociétaires de la Comédie Française (Jacques Destoop assurant la mise en scène). En 1975 elle donne « Miguel Manara » de Milosz au Festival d'Avignon tandis qu'en 1976 elle reprend avec Sophie-Iris Aguettant, Pierre Clémenti et Olivier Fenoy « Le Grand Théâtre du Monde » créé à Paris dans une adaptation de Jean-Pierre Nortel et une mise en scène d'Ange Guibert. C'est alors que le besoin de veiller à la décentralisation des activités se fait à nouveau ressentir et que la Compagnie prend le nom de Théâtre de l'Arc en Ciel.

...et que naît un premier centre de formation culturelle

Charlier mort en 1975 et trois moines du Bec réintégrant en 1976 le monastère du Mesnil dans l'Aube, le centre d'initiation aux Beaux-Arts des tous débuts devait se transporter à Pâlis, commune située à 4 kilomètres de là. Ce devait être, via un emprunt bancaire et des subventions aussi bien Nationales que Régionales ou Départementales, la première acquisition patrimoniale de l'association. Là, soumis ou non aux agréments C.A.PA.S.E. en vue de l'obtention par les stagiaires des unités de valeur concernées, devaient être données des sessions ayant pour thèmes les sciences humaines (philo, psycho, socio, histoire, littérature, initiation aux Beaux Arts et à l'histoire de l'art) alors qu'une part importante des programmes privilégiait une introduction à l'architecture et à l'urbanisme pour sensibiliser le stagiaire aux problèmes socioculturels posés par le cadre de vie dans une perspective d'Animation Globale.

Tout en même temps devait se rythmer une sorte de permanence des stages d'expression et d'initiation au théâtre et à la musique, le tout étant complété par des sessions de formation à la gestion d'un projet. (Notons ici qu'à dater de septembre 1978, cet ensemble constituera l'essentiel du programme de l'Ecole de Cluny, école de formation au métier d'animateur socioculturel vivement encouragée par les interpellations réitérées de Marthe Robin).
W Au cours des années 1976 à 1981, Miklos de Kiss ayant été élu Président du Conseil d'Administration à l'Assemblée Générale de fin 1976 (il le demeurera 23 ans), la petite équipe des permanents se voit rejointe par des talents les plus divers ce qui devait la faire quadrupler en cinq ans et par là même contribuer largement à un nouveau rayonnement de l'association.
Ces nouveaux venus qui ont tous l'âge où l'on engage sa vie, sont comédiens, musiciens, peintres et sculpteurs, architecte-urbanistes, scénographes, régisseurs, ingénieurs, enseignants du secondaire, psychologues, infirmières, étudiants en médecine, mais aussi artisans charpentiers, compagnons maçons ou tailleurs de pierre...
...ce qui au regard des travaux à réaliser à Pâlis au Domaine du Tournefou, au Domaine du Claux à Entrevaux tout comme bientôt au château de Machy à Chasselay et alors que l'O.C.C. se trouve de plus en plus souvent confronté à la question des jeunes en difficultés, va donner naissance en même temps qu'à l'Atelier d'Architecture (nous sommes en 1979), à l'Ecole du Métier...
Notons que constituée sans tarder en association autonome de la structure mère, celle-ci devait se révéler très vite une entité où la dimension de compagnonnage - déjà identitaire du Théâtre de l'Arc en Ciel - s'avérerait réponse à nombre de drames individuels, l'apprentissage aux métiers du bâtiment demandant par nature à l'artisan de ne jamais dissocier agir et don de soi.

Quant à cette efflorescence de nouveaux Compagnons, Dom Grammont devait recevoir la demande d'oblature de 14 d'entre eux dès 1978 à l'Abbaye du Bec... Pourtant ce devait être la fin d'une époque.

1978 - 1981 : PREMIERS QUESTIONNEMENTS CANONIQUES

En 1978, devant la prolifération des Communautés Nouvelles nées du Renouveau Charismatique venu des Etats-Unis , la Conférence des Evêques de France aurait demandé aux Supérieurs Majeurs (Abbés Bénédictins et Cisterciens, Prieurs(e)s des Carmes, Provinciaux Franciscains et Dominicains... etc.) de ne plus sembler couvrir de leur autorité ces initiatives qui, spontanément, du moins pour la plupart, ont été portées à faire référence à la vie « régulière ».
Injonction Romaine ?...
En tout cas les Evêques de France y auraient vu un risque d'ambiguïté ecclésial sur le terrain, ne serait-ce que quant à la Pastorale et auraient obligé, au nom de l'obéissance, que les responsables de ces nouvelles communautés soient invités à faire référence à leur diocèse d'origine au lieu de s'abriter de manière informelle à l'ombre des monastères...
C'est du moins ce dont Dom Grammont s'ouvre à Olivier Fenoy à l'automne de la même année. Certes, les « clunisiens » ne se sentent pas concernés. A leurs yeux, ils ne correspondent en rien à ces nouvelles réalités qui très certainement relèvent à juste titre du point de vue de l'Episcopat de la Pastorale puisque, d'origine évangéliste, par la louange et les réunions de prière qui sont leur essentielle raison d'être, elles sont portées par nature à l'évangélisation...

Mais, l'O.C.C. n'étant pas connu quant à son essence dans les milieux ecclésiastiques, l'amalgame semble avoir été fait en haut lieu - des jeunes qui hors structures clairement établies (sic !) prient et vivent ensemble après avoir mis leurs compétences et leurs biens en commun !... Pourquoi aller chercher plus loin - et surtout, Dom Grammont, en vrai moine, est déterminé : Les « clunisiens », bien qu'ils ne se reconnaissent aucunement de cette sensibilité, ce que l'Abbé du Bec admet aisément, doivent maintenant entrer en relation avec « l'establishment de l'Eglise séculière » (c'est sa propre expression) même s'ils en ignorent à peu près tous les rouages et n'y connaissent pour ainsi dire personne. D'autre part, il fait remarquer à son interlocuteur que les « clunisiens » vont bientôt être plus nombreux que ses moines et que si une Abbaye peut recevoir des oblats en tant que personnes privées, ce qui bien évidemment a toujours été le cas, un hiatus identitaire pourrait bien à la longue se faire jour.

Le choc sera très rude. Par l'oblature personnelle de chacun soutendant sans ambiguïté possible à leurs yeux leur compagnonnage professionnel, les « clunisiens » pour s'être laissés guider par l'Esprit, savaient avoir encré leur identité à un havre de paix qui leur correspondait, (ce dont ils sont toujours sûrs)... mais un oblat obéit... et que faire d'autre, d'ailleurs !?...

Un cadeau cependant : Gardant toute sa confiance à ses fils et filles spirituels, l'Abbé du Bec introduira Olivier Fenoy et Sophie-Iris Aguettant auprès du Cardinal Etchegaray, Archevêque de Marseille et alors Président de la Conférence des Evêques de France, avec lequel ils sont aujourd'hui toujours en lien.

Commencement de travaux pour un processus de « reconnaissance »

L'accueil du Cardinal est fraternel, l'ouverture de cœur et d'esprit de Roger Etchegaray stimulante. Il semble avoir bien saisi l'identité spécifique qui lui est présentée et l'encourage mais, ne pouvant rien faire personnellement puisque n'étant pas l'un des évêques directement concerné, dans une parfaite cohérence ecclésiale avec laquelle les « clunisiens » vont devoir commencer à se familiariser, il renvoie ses visiteurs vers ceux de ses pairs ayant sur leur territoire une réalité ou une maison animée par ces derniers. Six évêques sont concernés : le Cardinal Marty à Paris, le Cardinal Renard à Lyon, puis son successeur le Cardinal Decourtray, Mgr. André Fauchet à Troyes, Mgr Matagrin à Grenoble et Mgr. Abblé à Digne. Rencontres et échanges de correspondance ont lieu avec chacun. Outre une relation déjà ancienne avec le Père Fauchet - l'appui indéfectible des heures fiévreuses - des amitiés solides se nouent. Celles avec les deux cardinaux Marty et Decourtray tout particulièrement. Elles ne se départiront jamais. Cependant, sans qu'à la connaissance des « clunisiens » aucun de ces cinq Pasteurs ne le demande expressément, il est envisagé de prendre les moyens d'une reconnaissance mutuelle peut-être plus « formelle » et d'élaborer le type de lien qui pourrait éventuellement en résulter. Aussi, après qu'il y ait eu a priori (?...) concertation entre les cinq prélats et bien que la maison « cœur » (lieu de l'administration générale qu'on appelle en milieu d'Eglise « Maison Mère ») soit située dans l'Aube, c'est Mgr Abblé, évêque de Digne (du fait de l'implantation de l'O.C.C. à Entrevaux) qui est choisi comme vis à vis de l'association au prétexte qu'il est un peu plus disponible que les autres.

Espérance d'une amorce sur la question de la situation des laïcs chrétiens dans l'Eglise comme dans « le monde ».

Au tout début de cette démarche, il s'agissait de travailler à ce qu'Olivier Fenoy croyait devoir être un processus de reconnaissance - ou non - de l'intuition fondatrice (et par voie de conséquence de sa mise en oeuvre), quitte, bien évidemment et comme avait pu le faire Dom Grammont jusque là, à ce que Mgr. Abblé ou encore l'autorité ecclésiale dans son ensemble soit amené(e), dans le cadre de cet échange, à corriger, émonder, conseiller et de toutes les manières éclairer telle ou telle des orientations théologiques et (ou) dogmatiques formulées peut-être un peu trop hâtivement. Par là il imaginait tout comme ses collaborateurs que les évêques dans les diocèses desquels l'O.C.C. était implanté seraient amenés à encourager l'œuvre entreprise (ce qui devait être largement le cas), voire, dans un second temps, contribueraient discrètement à la promouvoir.
En acceptant cette démarche qui ne devait pas manquer au prime abord de les surprendre bien entendu, voire, de les déstabiliser (alors qu'ils n'avaient quant à eux aucune question identitaire) il faut ici noter que l'important pour les tenants de cette nouvelle forme de corporation se voulant sans conteste possible d'obédience catholique, était avant tout de ne pas tergiverser sur l'obéissance alors même qu'ils ne cessaient par ailleurs et comme instinctivement de faire l'apologie des vertus humaines, culturelles et sociétaires de la filiation. Mieux, ils voulaient voir dans cette procédure l'amorce d'un véritable chantier de type socioculturel susceptible de contribuer à porter à leur humble niveau quelque chose de la réponse à la question, en l'occurrence universelle, de savoir comment se situer en tant que laïcs chrétiens après Vatican II aussi bien en Eglise que dans le monde... hommes parmi les hommes.
N'y avait-il pas là l'un des enjeux majeurs de ce que quelques années plus tard, Jean-Paul II appellerait de ses vœux en prophétisant l'annonce d'une nouvelle évangélisation ?...

Pourquoi ce souci de leur appartenance à l'Eglise ?

Mais pour en revenir à l'histoire de l'Office Culturel de Cluny et en l'occurrence à celle des relations de ses responsables avec la hiérarchie catholique remises durant un temps entre les mains de Mgr. Abblé, disons, qu'au delà des liens d'amitié tout à fait fraternels qui devaient se tisser avec cet évêque pour ne jamais se démentir, elles devaient aboutir à l'issue d'une succession de réunions de travail et d'initiation à la logique du Droit Canon, à une profonde déconvenue pour l'ensemble des « clunisiens ». Il en résultait en effet un petit texte de deux pages instituant une Association Privée de Fidèles (jusque là aucun problème : Il y avait bien une association civile de droit français - l'O.C.C. - et d'autres structures légales pour donner corps social aux différentes réalités) mais, et c'était là son défaut, une Association Privée de Fidèles ne prenant en compte que l'aspect « religieux » et « communautaire » de l'entreprise au point de faire apparaître une entité (communautaire), un « en soi », n'ayant jusque là jamais été dans les vues des fondateurs, et pour cause, quitte à ce que dans un second temps, les membres de cette « communauté » soient amenés à engager des activité artistiques et culturelles eut égard à leur sensibilité particulière.

Un certain hiatus

Reconnaître une communauté en tant que telle et faire exister une structure légale (avec ses règles) mais néanmoins virtuelle qui, en conséquence de cette identité canoniquement instituée, aurait pour vocation, tout en s'en dissociant quant à leur mise en œuvre, de favoriser les initiatives artistiques et culturelles engagées par l'ensemble ou partie de ses membres, telle était l'esprit de ces deux pages.
Or, non seulement elles contredisaient l'intuition même de l'œuvre entreprise, voire elles la condamnaient dans son essence quant à l'unité intrinsèque de l'être et du faire (sans que Mgr. Abblé ne se soit jamais risqué sur ce terrain), mais d'un autre point de vue, elles posaient la question de l'identité et de la mission des laïcs dans l'Eglise et compromettaient pour une large part aux yeux des « clunisiens » la notion de nouvelle évangélisation.
Cependant, sur le conseil de nombre d'amis et réitéré avec chaleur par l'évêque de Digne qui considérait qu'après tout, la constitution d'une Association Privée de Fidèles ne pouvait être qu'une première étape, laquelle permettrait par la suite et à plus haut niveau de poser les bonnes question, l'ensemble des « clunisiens » étaient prêts à signer et avaient même commencé à le faire, convaincus que, serait-elle primaire, l'obéissance, ne peut que porter du fruit.

Laisser le temps faire son œuvre

C'est alors que le Cardinal Albert Decourtray intervint.
Venu célébrer l'Eucharistie et déjeuner au Château de Machy, il devait demander à Olivier Fenoy à l'issue du repas si le document que tous avaient accepté de signer correspondait bien à l'attente de chacun. La réponse de ce dernier ayant été sans détour et sa conclusion que « par souci d'obéissance et pour ne pas faire de vague, il faudrait bien pour les « clunisiens » s'accommoder de cette situation jusqu'à l'étape suivante qui permettrait peut-être d'en venir au cœur de la question », la réaction du Cardinal fut immédiate :
  - « Quelle était donc la raison de cette gêne ? »
  - « La remise en cause dans son essence de l'intuition fondatrice, Eminence », lui fut-il réparti sans que jamais d'ailleurs celle-ci n'ait été prise en compte ni, du fait même, considérée comme erronée ou déviante sur quelque point que ce soit au regard de l'enseignement du magistère.
Le Cardinal qui connaissait déjà assez bien l'O.C.C. et certains de ses animateurs devait prendre alors tout le temps d'analyser la question quant au fond. Il n'y vit non seulement aucune déviance doctrinale mais bien plutôt une mise en œuvre de l'esprit même du Concile qui devait retenir toute son attention. Aussi invita-t-il d'abord les « Clunisiens » à ne pas signer le document établi à Digne et surtout à laisser le temps faire son œuvre. « Dix ou quinze » ans devait-il préciser avant de conclure : « Quant au présent je vous prends sous mon chapeau et comme vous le savez, il a de larges bords, c'est un chapeau de Cardinal. »
Promesse dont il ne devait jamais se départir (même au plus fort de la tempête à venir) et ce, jusqu'à sa mort.
Telle devait être la sage conclusion de la première étape d'une réflexion canonique qui cependant par la suite allait s'étaler sur quelques vingt années.

CREATION ET ANIMATION :
INVENTAIRE DES PRINCIPAUX EVENEMENTS
DE 1979 A 1982
(et par voie d'enchaînement, légèrement au-delà)

Par deux fois en 1979 et 1980, et sous la responsabilité d'Hélène Ramin, ancienne élève de l'Ecole du Louvre, les élèves de l'Ecole de Cluny investissent le château de Chambord trois semaines durant pour y faire revivre François 1er, Clément Marot, Catherine de Médicis, Louis XIV et la Montespan, Molière et Lully (extraits du Bourgeois Gentilhomme), le Maréchal de Saxe et bien d'autres à l'intention de plusieurs centaines de scolaires, invités à chaque fois avec leurs enseignants par école et par classe une journée durant.

En Champagne-Ardenne et depuis Pâlis, naît le Festival des Jeunes Années (F.J.A.) à l'initiative d'Elisabeth Toulet (professeur de lettres classiques) F.J.A. qui pour avoir été à l'origine de l'actuelle Académie Internationale de Théâtre pour Enfants, verra son plus franc succès tant artistique que pédagogique lors du tournage de « L'avenir de l'homme dans les yeux d'un enfant » dans les Ardennes françaises et au Québec... tout particulièrement au Témiscouata et en réserve indienne. Film long métrage réalisé par Ange Guibert, assisté de Élisabeth Toulet et Paul-Émile Dominique (amérindien) et diffusé entre autre par CBC/Radio-Canada et France 3. (Parrainage Unesco).

Pour être venu participer à un « stage architecture et urbanisme » animé par Benoît Dargent et François Destors, architectes, Albert Boudot, premier adjoint au maire du Creusot, conçoit avec Ange Guibert la mise en œuvre d'un grand spectacle d'histoire et d'expression populaire dans sa ville : « le Travail et la Fête ». Il s'agit par un acte de création commune dans l'esprit de Chancerel, de redonner foi à toute une population par l'évocation de deux siècles d'histoire ouvrière alors que Creusot-Loire ferme ses portes... 250 creusotins y participeront en tant qu'acteurs, musiciens, régisseurs, costumiers... etc.
et « Le Travail et la fête » (80-82) aura pour suite « Messe des Travailleurs » (mise en scène Sophie-Iris Aguettant) sur le carreau de mine de Rozelay (86-90). (Plusieurs milliers de spectateurs et continuation aujourd'hui via les Ateliers des Forges de Perreuil).

En 1979, trois animateurs de l'O.C.C. prennent le relais d'une petite équipe d'étudiants qui avaient fait naître au 36 rue Saint-Laurent à Grenoble un Café Chrétien au nom évocateur de « la Torche de Gédéon «. Le but ? Ouvrir sous le nom de » Café des Arts » un lieu de rencontres poétiques et musicales avec une attention particulière à la Chanson Française. Autrement dit un lieu permettant l'écoute, la rencontre et... la communication.

Ce dessein avait toujours été latent chez Olivier Fenoy dès les origines de l'association parce que, d'un certain point de vue « identitaire ». Ouvrir à Paris et pourquoi pas à Grenoble un bistrot qui, pour être avant tout un carrefour d'artistes ayant une parole à donner soit un lieu de convivialité et d'échange tout en buvant une bière ou mieux encore, en partageant un repas. Cette qualité, il l'avait connu dans les années 64-65 à l'Ecluse où chantait Barbara avant qu'elle ne devienne célèbre. Restait que, ces tremplins d'expression pour artistes étant tout simplement nécessaires à la vie et ce type d'établissement ayant du mal à tenir, il fallait oser prendre ce risque, heureusement porté par ce mot de Blaise Cendrars « Vivre n'est pas un métier ».

Une motivation de capteur d'âmes et de talents pour qu'ils puissent se dire librement en quelque sorte, d'autant que pour avoir été proche de Jean-Claude Brialy des années durant, il lui restait au cœur, comme marqué au fer rouge, l'authenticité d'Edith Piaf rencontrée un soir de 1962. Edith Piaf qui, comme mille autres fois sans doute, avait révélé son secret à son entourage dans un bar de Pigalle ce soir là, avec ce ton inimitable et sa gouaille bien connue que Jean-Claude Brialy aimait à pasticher : « Chanter, c'est un besoin vital qui te tient aux tripes de te donner. De te donner toute entière au public. Au public qui t'aimera pour autant que tu l'aimes. C'est ça, le secret de ta Joie, de ta Vie. »
Rien de confessionnel ici, et cependant bien plus que nombre de citations retenues dans ces pages, un témoignage d'espérance universellement entendu.

A l'occasion du rassemblement intitulé Pentecôte 82, organisé par le Renouveau Charismatique à Strasbourg, qui regroupera quelques 20 000 participants issus des Églises Anglicane, Catholique, Protestantes et Orthodoxe venant de douze pays d'Europe, Olivier Fenoy est chargé de la mise en scène du spectacle final de cette grande manifestation œcuménique. Assisté tout particulièrement de Philippe Rabuteau, photographe, il conçoit un diaporama géant, pièce maîtresse d'une sorte d'oratorio pour comédiens, orchestre et chœurs psalmodié en six langues : « Voici l'Homme » - diaporama qui sera repris en tournée, en France, en Pologne, en Italie, en Hongrie, au Chili et au Canada et qui devait rassembler au final depuis sa création quelques 100 000 spectateurs.

Enfin, pour clore ce bref récapitulatif des débuts de l'Office Culturel de Cluny entre 1976 et 1981, signalons que c'est en 1981 que devaient se nouer les premiers liens de coopération entre l'association et l'Afrique Noire au cours de deux échanges. Le premier à Nanoro au Burkina Faso à l'occasion d'une importante campagne de plantations au Sahel. La seconde à N'Guéniène au Sénégal via le forage d'un puits destiné à l'irrigation d'une zone de maraîchage communautaire.

ORIGINE DES EPREUVES QUI DEVAIENT FAIRE CONNAITRE L'O.C.C. SOUS UN TOUT AUTRE JOUR QUE CELUI PRESENTE ICI

Une vive controverse sur le concept et la vision de l'animation socio-culturelle

En guise d'introduction, rappelons que depuis le 14 février 1974, Olivier Fenoy malheureusement pour lui et pour les siens, guère rompu aux jeux idéologiques et politiciens du milieu socioculturel de l'époque, siège au Haut Comité de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs auprès du Premier Ministre... et notons que c'est dans ce cadre que devait être soulevée une vive controverse du type pot de fer, pot de terre, laquelle devait se révéler par la suite pour toute personne bien informée, l'origine et la seule véritable raison de fond d'une campagne de désinformation ayant pour cible l' O.C.C.
Quant à l'événement en lui-même, c'est précisément à l'occasion d'une séance plénière de cette instance para-gouvernementale que devaient apparaître au grand jour certains des antagonismes jusqu'alors sous-jacents entre la majorité des membres élus de cette assemblée et quelques autres nouvellement promus mais nommés sur proposition du ministre de la Qualité de la Vie, dont Olivier Fenoy.
A l'ordre du jour de cette session : l'analyse « pour avis » à l'intention du Premier Ministre d'un document émanant des Services et inspiré par le CNAJEP, visant à définir la profession d'animateur, sa fonction et celle plus générale de l'animation socioculturelle. On l'aura compris, c'est après avoir pris connaissance de ce document se voulant absolument laïc et niant, à son sens, toute saine laïcité, qu'Olivier Fenoy, pour avoir cru aux vertus du dialogue, devait commettre l'imprudence d'exprimer sa radicale opposition à cette proposition ... hélas sans avoir tout à fait réalisé que pour être « proposé » ce texte n'en était pas moins considéré comme acquis d'avance par plus des deux tiers des membres de cette assemblée.

Configuration du « Haut Comité » avant les élections présidentielles de 1981 et tensions politiques :

La question de la représentation « démocratique » des instances socioculturelles nationales au sein du Haut-Comité entre 1974 et 1981 tient ici une réelle importance. Deux tiers de ses membres étaient alors élus ou cooptés. Un tiers, nommé.
Les élus ou cooptés, tous membres du CNAJEP (Comité National des Associations de Jeunesse et d'Education Populaire).
Les nommés, pour y siéger en théorie en tant qu' « experts » ou comme représentants de réalités plus petites que les grandes fédérations, mais considérées comme ayant mené à bien des projets innovants.
Problème : outre peut-être la Guilde Européenne du Raid, les Scouts d'Europe ou encore une association culturelle née de la branche française de l'Opus Dei, il n'y a guère en France d'organismes socioculturels que l'on puisse arbitrairement classer « à droite «.
D'où, en plus des représentants de la Guilde ou de cette association née de l'Opus Dei, et à part telle ou telle personne privée ou « expert » comme Jean Ganeau, se retrouveront nommés : un responsable de la Fédération Française des Auberges de Jeunesse nées de Marc Sangnier (plutôt centriste) et entre autres Marcel Corneloup, Président du Mouvement à Cœur Joie (et surtout chef de chœur) qui, avec Olivier Fenoy feront tous deux figure d'artistes égarés dans cet aréopage, avant de fonder ensemble et plus tard l'U.N.A.V.A.C. : Union Nationale des Associations à Vocation Artistique et Culturelle.

Le différend quant au fond...

Tout d'abord une citation de Geneviève Poujol mise en exergue du document de travail proposé aux Membres du Haut Comité et sur lequel Marcel Corneloup et Olivier Fenoy devaient immédiatement achopper :
« L'Animation socioculturelle est une mise en mouvement consciente des masses et des individus pour les adapter au changement qui est une des lois fondamentales de la vie moderne. »
Nous ne nous arrêterons pas ici à vouloir faire une analyse de ce texte à connotation évidemment marxiste et correspondant tout à fait aux mentalités de ce milieu à l'époque.

S'en suivaient trois affirmations péremptoires :
  - « La prévalence du groupe sur la personne « (titre du chapitre II du document)
  - La nécessité pour l'animateur de savoir créer « la situation conflictuelle » dans le cadre d'une « dynamique de groupe » reposant quant à elle sur le « Thèse-antithèse-synthèse » de Hegel.
  - L'obligation faite à l'animateur en situation de relation à l'animé (sic !) de « ne pas s'impliquer dans la relation. »

C'était là une contradiction radicale des fondements même de l'Office Culturel de Cluny et pour ne revenir dans un premier temps que sur l'interdit de « s'impliquer dans la relation » à quel niveau fallait-il donc entendre pareille adjuration ? ... Celui, légitime pour toute personne humaine comme pour n'importe quel animateur de savoir par exemple, contrôler son affect ou ses pulsions sexuelles... ou celui de s'interdire d'être « Sujet » autrement dit « une personne humaine » ? ... Vaste question !...

UNE BATAILLE PERDUE D'AVANCE :

Déjà et avant même cette session solennelle du Haut Comité, Olivier Fenoy était perçu (à tort) par bon nombre des membres élus de cette assemblée pour être l'émule, voire, l'un des agents du Cabinet Ministériel (positionnement à l'époque rédhibitoire). Aussi, quand il fut appelé à s'exprimer en commission plénière après avoir été présenté par un Conseiller Technique en tant que l'initiateur de ce fameux concept d'Animation Globale, considéré comme innovant par le Ministre en personne, devait-il se heurter à une fin de non recevoir.
En effet, pour être dans une large majorité les tenants du principe selon lequel « le groupe prévaut sur la personne », son auditoire ne devait pas se montrer disposé à entendre parler du « Personnalisme communautaire », de Mounier appelant à « l'engagement » dans la relation pour permettre l'émergence des personnes, ni non plus de Pierre Emmanuel marqué d'opprobre pour avoir été conseiller de Michelet et membre de l'U.D.R. Et puis, comment les représentants du CNAJEP pouvaient-ils admettre qu'en totale contradiction avec leur philosophie, une équipe d'animateurs ait pu contribuer à ce qu'une ville sans intérêt particulier se retrouve lauréate du Concours National des Villes Moyennes alors même que ces animateurs prétendaient haut et fort être partis de leur intime conviction :
  - « qu'une personne est achevée par une autre personne » (Saint Augustin)
  - que pour avoir vécu de cette évidence cinq ans durant, leur attachement du primat de la personne sur le groupe ne se laisserait pas ébranler...
  - et qu'enfin ces mêmes animateurs auraient trouvé absurde de devoir privilégier « les situations conflictuelles » dans un contexte qui pour avoir à résoudre entre autres des questions d'aménagement urbain exigeait un réel consensus demandant bien plutôt écoute, patience et disponibilité... ?!
C'eut été (pour les représentants du CNAJEP) prendre le risque que leur texte soit amendé, provisoirement écarté, alors qu'il s'agissait pour eux de le faire entériner un mois plus tard par le Haut Comité et en présence du Premier Ministre afin que pour les services, les Directions Départementales ou Régionales et autres institutions agrées, il prenne en quelque sorte « force de loi. »
Aussi le tir de barrage fut-il immédiat et le différend tout de suite ramené au niveau le plus primaire et en l'occurrence tout à fait anecdotique du « religieux » :
... confondant les plans du « spirituel » et de l'animation strictement « professionnelle » (on avait vu les animateurs de l'Office Socioculturel à la messe en compagnie de jeunes des quartiers) les membres de l'O.C.C. ne respectaient pas le principe de laïcité républicaine !...
... Que tel n'était pas le problème lorsqu'il s'agissait du mouvement des Scouts de France par exemple puisque explicitement confessionnel et agréé par la Hiérarchie Catholique, il n'appelait dans ses rangs que des jeunes avertis et de familles consentantes... ce qu'eux autres de la F.E.N. ou de la F.F.M.J.C. (Fédération Française des Maisons de Jeunes et de la Culture) admettaient parfaitement, meilleure preuve qu'en vrais laïcs, ils n'étaient pas fermés au principe que les institutions confessionnelles puissent être agrées, mais à la stricte condition que celles-ci demeurent sur leur propre terrain...
... alors que l'O.C.C. ne jouait pas franc jeu et, sous couvert de non confessionnalité, trompait les publics concernés en animant à grande échelle des activités de théâtre pour enfants dans des bâtiments publics comme Chambord, en pénétrant les milieux scolaires, en passant des contrats avec des municipalités et plus pernicieusement encore à leurs yeux, en proposant des stages donnant accès aux Unités de valeur du C.A.P.A.S.E. après en avoir revisité les contenus.

... d'où cette proposition a priori sidérante de la part des émules de la laïcité pure et dure : que l'O.C.C. obtienne de la Hiérarchie Catholique un statut officiel et n'empiète plus sur des terres qui ne sont pas les siennes, ce après quoi, tout étant clair, il n'y aurait plus de problème. Le CNAJEP lui-même lui serait ouvert...

En conclusion, le sujet de fond ayant été relégué aux oubliettes malgré un vain rappel du Directeur de la Jeunesse (les hésitants et même ceux qui en début de séance avait soutenu l'intervention d'Olivier Fenoy ne sachant plus que dire) on en revint à « l'ordre du jour » autrement dit à la lecture sans aucun commentaire du texte intitulé « prévalence du groupe sur la personne » avant de l'adopter par un vote à mains levées.

A la session suivante du même Haut Comité, un mois plus tard, et alors qu'Olivier Fenoy avait fait circuler de plein droit une contre proposition au chapitre II du fameux document que quelques-uns s'apprêtaient à soutenir, le représentant de la Fédération de l'Education Nationale, ne s'embarrassant pas en privé de considérations républicaines, devait se montrer beaucoup plus franc et direct. Prenant à part avec deux de ses pairs le fondateur de l'O.C.C., il lui déclara que les défenseurs de la laïcité et des idéaux de 1789 n'avaient pas mis un siècle à éradiquer la présence chrétienne de l'Education Nationale pour que les « cathos » s'infiltrent à visages masqués sur le terrain de l'animation socioculturelle qui était par excellence celui de la laïcité...et concluant « qu'ainsi la chose étant dite et la guerre déclarée, tous les moyens seraient bons pour écarter l'O.C.C. du paysage «.

Et effectivement « tous les moyens furent bons » bien au-delà de tout ce qu'Olivier Fenoy aurait pu envisager sur le moment... les ingrédients de la cabale qui allait s'ensuivre étant cette fois réunis...

PREMIER RETRAIT DE L'AGREMENT « JEUNESSE ET SPORTS »

En 1981 et un peu après que Monsieur Pierre Mauroy ait formé son gouvernement, André Henry, jusque là à la tête de la F.E.N., ayant été nommé par François Mitterrand, Ministre du Temps Libre en charge de la Jeunesse et des Sports, Miklos de Kiss, Président de l'Office Culturel de Cluny, se voit convoqué par ce dernier ainsi qu'Ange Guibert, Directeur Général Adjoint de l'Office. Après leur avoir déclaré qu'il attendait ce moment depuis plus de dix ans, le Ministre devait leur signifier qu'il était décidé à retirer son agrément national à l'O.C.C. sous prétexte que, et ce sont ses propres mots, « vous ne pouvez pas faire de l'animation socioculturelle objective à partir du moment où vous avez pris par ailleurs des engagements spirituels... ». Lui avait-il échappé qu'il était lui-même haut dignitaire de la Franc Maçonnerie ?
Ce retrait d'agrément arbitraire ayant été effectif en 1982, l'O.C.C. portera immédiatement l'affaire devant le Tribunal Administratif de Paris et obtiendra gain de cause. Mais le Ministre fera appel de cette décision devant le Conseil d'État, et c'est durant cette période que les bruits les plus divers jusqu'à l'accusation de « comportements sectaires » commenceront de circuler au sujet de l'Office culturel de Cluny. Cependant ceux-ci n'empêcheront pas le Conseil d'Etat de rétablir une nouvelle fois l'Office dans ses droits par un arrêt de mars 1990.

L'ACCUSATION DE SECTE

...Où quand l'expression « tous les moyens seront bons » relève de l'ignominieux... même si, la « rumeur » et la malignité humaine faisant tout naturellement leur chemin, ces « moyens » ne furent pas tous mis en œuvre, loin s'en faut, par leurs seuls initiateurs. (En effet, dans un second temps, et plus particulièrement à dater de 1982, après avoir allumé les feux, la nébuleuse politico-ministérielle et certains laïcistes convaincus devaient se contenter d'agir en sous-main et, extérieurement, de « laisser-faire » en se drapant dans la soi-disant neutralité de l'Etat).

Chronologiquement la première salve d'accusation de « Secte » remonte au printemps de 1981 et semble a priori n'avoir qu'un caractère strictement politique dans le cadre de la Campagne Présidentielle. Par une annonce retentissante parue à la « Une » de l'hebdomadaire « Minute « : « Sale histoire de secte pour Soisson », c'est bien le pouvoir en place qu'il s'agit de déstabiliser, l'O.C.C. ayant en charge l'opération d'animation pour enfants programmée pour la seconde année consécutive à cette période de l'année au Château de Chambord, autrement dit sur les terres électorales, en tant que Conseiller Général, de Henri Giscard d'Estaing, Philippe de Villiers étant sous-préfet de Vendôme, Geoffroy de Rocancourt représentant l'Etat à Chambord, (puisque domaine de chasse présidentiel) et Jean-Pierre Soisson, Ministre en charge de la Jeunesse et des Sports.

La vanne étant ouverte, « l'affaire » n'allait pas s'arrêter là.
Dès le début des années 1980 et jusqu'à son paroxysme en 1996 pour ne jamais s'éteindre complètement; elle allait même s'amplifier et si, en toute logique, l'accusation de « Secte » devait bien évidemment se répandre dans les services du ministère du fait de la bataille juridique en cours livrée par l'Office au Ministre du Temps Libre à partir de 1982 par contre c'est à la stupeur des « clunisiens » , de leurs amis (dont un grand nombre d'évêques et de religieux) et tout simplement des citoyens honnêtes, que la dite accusation devait être relayée par telle ou telle association anti-secte manquant pour le moins d'objectivité et, contrairement à quelque cour de justice authentique, s'étant refusée à rencontrer qui que ce soit de l'association.
A cet égard, on pourra lire en annexes deux exemples réels, récupérés et falsifiés par ces personnes peu scrupuleuses et jetés en pâture au grand public via une succession de campagnes de désinformation médiatiques.

Certes, parallèlement à ces péripéties lourdes de conséquences et du fait de ces calomnies, il y avait bien eu et ce dès le premier semestre de 1981 une enquête ecclésiastique menée respectivement, à Lyon, par le Père Clément, Official du diocèse assisté du Père Joatton Vicaire Général et futur Evêque de Saint-Etienne, et, à Paris, par le Père Gérard Defois, Secrétaire Général de la conférence des Evêques de France et futur Archevêque de Lille, enquête qui conclut qu'« on ne pouvait assimiler l'Office Culturel de Cluny à une secte » - mais les médias comme les associations partisanes du type anti-secte n'entendent que ce qu'ils veulent bien entendre.

La Création, lieu de résistance

Evènements de 1984 à 1996 ou
Du XXème Anniversaire de l'O.C.C. à la liste Parlementaire

Pour survoler cette période revenons d'abord sur l'axe principal des épreuves de l'association, à savoir ses démêlés avec son Ministère de tutelle redevenu explicitement celui de la Jeunesse et des Sports après avoir été un temps donné réuni à celui du Tourisme sous le nom de Ministère du Temps Libre :
Après que l'Office Culturel de Cluny ait obtenu gain de cause au Tribunal Administratif puis au Conseil d'Etat, le Ministre ayant été débouté et n'ayant plus d'élément à charge, l'Office se retrouvait à nouveau agréé à l'échelon national, reconnu d'Intérêt Général et surtout confirmé dans son droit d'affirmer le Primat de la Personne en matière d'animation socio-culturelle.
Certes, la succession des campagnes de désinformation médiatiques ayant introduit le doute et la suspicion, l'Association ne pouvait espérer retrouver des relations normales, voire contractuelles avec les mairies, les conseils généraux ou encore les écoles pas plus qu'elle ne pouvait envisager, du moins dans un premier temps, de voir ses formations obtenir l'agrément DEFA.

Le Festival du XX ème Anniversaire à Paris

Cependant entre temps et à l'époque de l'Etat de Guerre en Pologne, autrement dit en secret sur le territoire polonais, Olivier Fenoy, accompagné d'Anne-France Morel-Atuyer, devait rencontrer Lech Walesa à Gdansk et le leader de Solidarnosc, Prix Nobel de la Paix devait accepter avec enthousiasme d'assurer la Présidence du Comité de Parrainage du XXème Anniversaire de l'Association et de son Festival Artistique et Culturel programmé à Paris. A ses côtés et ayant consenti à être membres de ce Comité de Parrainage qui devait contribuer à donner sa véritable identité à l'Office, nombre de personnalités et d'amis :
Le Père Pierre Bolet, o.p. Aumônier National des Artistes
Christian Chabanis, journaliste et écrivain,
Olivier Clément, théologien,
Alain Erlande-Brandebourg, Conservateur en Chef du Musée de Cluny,
Michel Etchevery, Sociétaire de la Comédie Française,
Dom Helder Camara, qu'on ne présente plus,
René Huygues, de l'Académie Française,
Marcel LégautMado Maurin,
Mado Maurin,
Joseph Tischner, auteur de « Ethique de Solidarité » rencontré à Cracovie à l'invitation de Lech Walesa,
des proches tels que :
Régine Pernoud, médiéviste,
Pascal Rogé, pianiste de renommée internationale alors que, jeune Premier Prix du Conservatoire National il avait été le tout premier musicien à accepter de faire pour l'association et ce dès 1967, une tournée de Récitals à travers la France,
Domingo Santa Maria, ancien ambassadeur et ministre de l'économie sous la présidence de Frei (Chili) à Washington,
Jean Vanier, fondateur de l'Arche qui sut prendre de son temps pour présider l'un des forum de ce Festival,
et bien évidemment :
Pierre Emmanuel

Quant au Festival lui-même, il se déroule principalement en trois lieux au cœur de Paris :
D'abord, l'ouverture, le 17 mai 1984 à La Manufacture où est chanté le « Te Deum » de la Messe du Couronnement d'Antonio Salieri sous la direction de Bernard Lallement (lequel est à l'origine de l'Union Nationale des Associations à Vocation Artistique et Culturelle à laquelle, co-fondateur, l'O.C.C. a adhéré quatre ans plus tôt).

Puis, du 15 juin à l'automne, principalement à bord de la péniche du TCF amarrée au Pont Alexandre III, c'est l'exposition permanente des vingt ans ponctuée de fêtes, de forums, colloques et récitals (Martine Gelliot, harpiste, Marcel Bardon, violoncelliste).
Enfin du 9 Novembre au 1er Décembre, au Théâtre Tristan Bernard, c'est la Création par le Théâtre de l'Arc-en-Ciel d« Amour et Colère » de Sophie-Iris Aguettant et Jean-Luc Grasset sur le thème d'un poème de Karol Wojtyla et un argument dramatique de Calderon. La Première est placée sous la Présidence de Monsieur Jacques Chirac, Maire de Paris, et représenté officiellement par Monsieur François Lebel, Marie du 8ème Arrondissement. (la pièce sera reprise à Lyon au Théâtre du 8ème puis en Tournée après avoir été reprise à Paris).

A la même époque, soit depuis juillet 1983 et durant toute l'année 1984, le Centre Régional d'Animation Culturelle et Sociale (C.R.A.C.S.), antenne de l'O.C.C. en Région P.A.C.A. mène une vaste opération dans les quartiers populaires de Nice dans le cadre des projets interministériels « Loisirs, Quotidiens-Jeunes ». Il s'agit de réaliser un film autour du thème éternel de « Roméo et Juliette » et de « West Side Story » avec les jeunes qui n'entrent pas dans les structures associatives. L'opération se déroulera tout en même temps en France et en Tunisie et rencontrera un franc succès.

Parallèlement et outre l'activité constante des différents centres étroitement liée à la formation des élèves des deux écoles, il est important de retenir deux autres évènements où ces derniers sont impliqués et qui se déroulent au cours de ces mêmes années 1984-1985 :
En Pays de Loire, la réalisation du spectacle « Un pas vers l'avenir » mis en œuvre par François Destors et son équipe à la demande des Maisons Familiales Rurales à l'occasion de leur Congrès National qui se tient à Angers - 400 jeunes en scène - 12 000 spectateurs en deux représentations sous un grand chapiteau planté sur les bords de la Maine. Une année de travail artistique et culturel pour permettre à chacun d'exprimer son identité et son appartenance à un milieu et à une communauté.

Au Québec, dans le cadre de « l'Année Internationale de la Jeunesse » et alors qu'à Betsiamites sur la côte nord (réserve indienne) se réalise le film « l'Avenir de l'Homme dans les yeux d'un enfant », au Témiscouata (frontière du Maine), a lieu le grand rassemblement « Témis-Jeunesse-International 85 » soit, comme à Angers, plusieurs centaines de jeunes québécois, amérindiens, américains, français, belges et mexicains participant quinze jours durant à la création d'un grand spectacle d'histoire et d'expression populaire sur le thème de la rencontre et de la réconciliation par la reconnaissance mutuelle de leur culture... « une personne est achevée par une autre personne... une culture par une autre culture... »

Après de telles réalisations et suite aux prise de paroles dans les forums et colloques tenus lors des festivités du XXème Anniversaire, comme tout au long des années qui s'en suivirent, (actes et paroles signifiant très clairement et sans aucune ambiguïté une identité chrétienne quant au fond), ce devait être des personnalités comme le Cardinal Albert Decourtray qui ne devaient plus cacher leur amitié pour les « Clunisiens », celui-ci, par exemple, ne manquant jamais de prendre position en leur faveur non seulement en milieu ecclésial, mais de façon très publique alors que la tempête les atteignant semblait vouloir se muer en bourrasque.
Mais il y avait l'UNADFI qui continuait son travail de sape et répandait un peu partout « les affaires » montées en épingle comme on l'a vu précédemment. Aussi, tous les éléments étant réunis, rien de surprenant, lors de la publication du Rapport Parlementaire sur les déviances sectaires, de trouver l'Office Culturel de Cluny dans la liste des organismes suspectés.

Indignations en faveur de l'O.C.C.

Nous sommes en 1995 et le Cardinal Decourtray, rempart de l'O.C.C. n'est plus, cependant et immédiatement onze évêques dont chacun de ceux qui comptent une antenne « clunisienne » dans leur diocèse réagissent en faveur de l'Office Culturel de Cluny.
N'ayant aucune structuration canonique qui en ferait une institution d'Eglise, rien ne les y oblige pourtant. Cependant cette classification ayant provoqué leur indignation, ils interviennent spontanément et notamment Mgr. Gérard Daucourt alors Evêque de Troyes qui, dans une lettre adressée à Philippe Seguin en tant que Président de l'Assemblée Nationale et aux députés de l'Aube, estime que :
« Le tort qui lui est causé atteint non seulement lui-même et l'Eglise Catholique dans le département de l'Aube, mais aussi l'Etat qui s'est mis en situation de juge et partie sur le terrain des libertés fondamentales qu'il doit garantir. »

Dans sa réponse à Mgr. Daucourt, mais également aux autres évêques, abbés, élus, parents, stagiaires et ou partenaires professionnels, Philippe Seguin, pour avoir rédigé un corps de texte absolument identique à l'intention de chacun de ses correspondants déclare : être désolé, prendre acte du soutien apporté à l'O.C.C. mais ne pouvoir rien à la situation. Afin de s'en expliquer, il argue :
  1- que selon la (subtile) phraséologie du Rapport Parlementaire, il n'a jamais été dit que tel ou tel des 172 organismes cités (et non incriminés) était une secte (d'autant qu'en droit français il n'y a pas de définition de la secte) mais que, par contre, chacune de ces réalités pouvait correspondre à un ou plusieurs des dix critères établis par la commission permettant de repérer une secte.
  2- Il demande avec grande courtoisie à ses interlocuteurs de bien vouloir considérer que le rapport étant remis, la Commission est du même coup dissoute et qu'on ne saurait demander un rectificatif à une entité qui n'existe plus...
Admirable bienséance républicaine aux rouages administratifs implacables !...
Au pays des droits de l'Homme, un rapport parlementaire marque d'opprobre un grand nombre de personnes, mais après qu'il ait été publié et largement diffusé par les services mêmes de l'Etat, ce rapport n'est susceptible d'aucun recours juridique.
Selon l'expression d'Iris Aguettant à l'un de ses détracteurs, « on vous colle l'étoile jaune » autrement dit, on vous marque au fer rouge, mais d'une pareille abjection personne ne porte la responsabilité...
Pire, tout en agissant de la sorte, on a donné à l'opinion publique le sentiment d'une grande probité au service du bien commun, des familles et de l'enfance, sans se soucier le moins du monde, comme on s'y empresse en ces temps, de faire accompagner par une quelconque « cellule psychologique » ceux qui ont pris de plein fouet pareille vague d'injustice. Et peu importe que tous, à l'Office Culturel de Cluny, en soient restés salis, certains même brisés. « Tous les moyens sont bons !... »
Certes, le Rapport Parlementaire de 1995 sur les déviances sectaires devait-il être contesté et cette affaire faire l'objet d'un chapitre du livre très bien documenté de Massimo Introvigné : « Pour en finir avec les sectes » (réf .en annexe), mais en vain.

NOUVEAU RETRAIT DE L'AGREMENT DE L'O.C.C.
NOUVELLE ANNULATION DE CETTE DECISION ARBITRAIRE PAR LA COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE PARIS :

A l'époque du premier Rapport Parlementaire (celui de 1995), l'Association ne devait faire l'objet d'aucune audition ni enquête de la part de son ministère de tutelle (pas plus avant la publication du rapport qu'après). Par contre, la mention de l'O.C.C. dans celui-ci a aussitôt occasionné un nouveau retrait de l'agrément de l'association comme Organisme de Jeunesse et d'Education Populaire.

Notons que ce second retrait d'agrément, à l'initiative de Monsieur Guy Drut alors Ministre en charge de la Jeunesse et des Sports, a été annulé en première instance par le Tribunal Administratif de Paris (jugement n°96 2007 6/7 du 05/02/1998). Celui-ci ne s'étant appuyé sur aucun contrôle ou inspection pour justifier son acte, est confirmé par la Cour Administrative d'Appel de Paris (jugement n°98 PA02291 du 21/05/2002).

Depuis cette date (mai 2002), on peut remarquer une sorte de statu quo de la part du Ministère vis-à-vis de l'O.C.C. et ce, malgré le Rapport Parlementaire de 1999 intitulé « Les sectes et l'argent ». Ce qui laisse supposer que les services de ce ministère, de guerre lasse, se seraient peut-être à la longue, libérés de certains a priori idéologiques, aujourd'hui pour le moins dépassés, ou bien encore que tel ou tel chargé de mission pour être tout simplement honnête et consciencieux ait enfin repéré que le fameux Rapport Parlementaire n'avait fait à son tour que délayer une suite de soi-disant informations aussi fantaisistes qu'erronées sur l'O.C.C. FNAG telles pour prendre quelques exemples :
  - l'appartenance de magistrats lyonnais à l'association (p.218)
  - l'affirmation péremptoire d'une présence de l'O.C.C. dans le domaine de la formation professionnelle par le biais de l'Association de la Sainte Espérance (laquelle n'a jamais fait de formation) ou de l'organisme MK.Conseil (réalité sans aucun lien avec l'Association) -cf. p.153-
... le comble du dérisoire ayant été d'avancer le chiffre aussi exorbitant qu'absurde quant à la participation à ces formations supposées, de 8 000 stagiaires, chiffre régulièrement affiché depuis bientôt 10 ans sur le site Wikipédia comme étant une vérité indiscutable alors que dans le meilleur des cas, toutes formations confondues, l'OCC n'a jamais eu plus de 250 stagiaires/an !!!... C'est là que l'on voit, est-il besoin de le souligner, que pour les auteurs de ce Rapport, qui pour le grand public porte le sceau du Parlement et de la République, peu importe la véracité des faits, l'objectif est de marquer les esprits.

Enfin et pour être complet, signalons que ce rapport reproche également à l'Association « d'infiltrer le monde de l'enfance par la formule des stages et des séminaires dans le domaine des loisirs mais aussi du soutien scolaire et du développement culturel ». Affirmation elle aussi dénuée de tout sens alors que les activités en faveur de la jeunesse mise en œuvre par l'O.C.C. n'ont fait l'objet d'aucune plainte et l'association, l'objet d'aucun contrôle de son Ministère de tutelle depuis 1981, ni sur ce sujet, ni sur aucun autre, rappelons-le.

LA QUESTION CANONIQUE
OU CELLE DE SAVOIR COMMENT SE SITUER EN TANT QUE LAÏC CHRETIEN
dans son art après Vatican II, aussi bien en Eglise que dans le monde...
HOMME PARMI LES HOMMES :

Pour l'autorité ecclésiastique et depuis l'enquête conjointe de l'Officialité de Lyon conduite par les Pères Clément et Joatton d'une part et le Secrétariat Permanent de la Conférence des Evêques de France (Pères Gérard Defois et François Tricard), d'autre part, les accusations de comportements sectaires ayant été reconnues une fois pour toutes sans fondement, toute suspicion de cet ordre était éteinte. Restait par contre pour certains Evêques la question soulevée de l'identité en Eglise d'une réalité regroupant « en corporations professionnelles » ou « communautés « quelque quatre vingt chrétiens ayant formulé des engagements privés interpersonnels à la lumière des Evangiles dans le cadre d'une association instituée uniquement au civil sous le nom d'Office Culturel de Cluny.
De leur côté et en amont de la vie relevant du strict caractère associatif de l'O.C.C., les animateurs de « Cluny » au sens large étaient bien conscients tout en tenant fondamentalement à leur unité qu'il n'était plus tout à fait adéquat ni même tout simplement évident de vouloir systématiquement présenter comme un tout à des interlocuteurs les plus divers, voire, à des publics hétérogènes, des entités aussi différentes qu'une Troupe de Théâtre, un Cabinet d'Architecture et d'Urbanisme, un Café des Arts, une entreprise comme Profil Scène ou encore et sous le même sigle, diverses initiatives associatives locales. Ce truisme s'imposait d'autant plus que du seul point de vue de leur gouvernance et de leurs statuts juridiques certaines de ces réalités avaient été conduites depuis quelques années déjà, bien que nées au sein de l'O.C.C., à se structurer en tant que telles tout comme les récentes fondations ayant pris corps au Québec, au Chili et aux U.S.A. avaient été amenées de leur côté à se conformer sans état d'âme aux législations propres à ces Etats.
Cependant, par cette façon de procéder, ils allaient maintenant se heurter à la limite des législations en vigueur dans ces différents pays, alors même qu'au regard de la disparité de ces structures juridiques devenues aussi bien internationales qu'évidemment nécessaires à l'exercice de leurs professions, ils cherchaient tout en même temps à préserver la visibilité commune de l'ensemble.
Certes, évoluant du simple statut d'association au premier degré à celui de Fédération, l'Office Culturel de Cluny, devenu Fédération Nationale d'Animation Globale sous le label d' O.C.C. F.N.A.G. avait bien tenté de s'adapter à cette évolution, mais cette Fédération tout en initiant structurellement l'œuvre dans son ensemble aux mécanismes de la décentralisation, présentait au minimum deux limites : à savoir, et comme son intitulé l'indique toujours, elle n'était et ne pouvait être que « nationale » tandis que par ailleurs elle ne pouvait fédérer véritablement que des associations entre elles, et non pas, du moins au regard du Droit français, associations, entreprises commerciales diverses ayant registre du commerce comme la Troupe de Théâtre et, pour exemple, sociétés immobilières. Enfin, au travers même de ces différentes structures, elle ne prenait pas pleinement en compte l'engagement des personnes.

La reconnaissance d'un « corps commun » dans les limites du Droit Canon

C'est pourquoi, mus par le souci constant qui ne les a jamais quitté de donner à reconnaître clairement et simplement leur identité commune et chrétienne en tant que corps commun engagé à promouvoir autant que faire se peut une authentique spiritualité de la Beauté indissociable de son incarnation, les « Clunisiens » n'avaient pour ainsi dire jamais cessé depuis 1974 de travailler ces questions également du point de vue canonique.
Ils l'avaient fait bien qu'ait été écarté le projet de statuts élaboré avec Mgr. Abblé justement et comme on l'a vu parce que celui-ci ne prenait aucunement en compte l'essence même de leur identité...
Ils l'avaient fait par obéissance aux attentes présumées de deux de leurs évêques, bien que conscients de dévier en cela de la recommandation du Cardinal Decourtray « d'exister d'abord » et « qu'on verrait après dix ou quinze ans ».
Ils l'avaient fait malgré certains avis péremptoires comme celui de Mgr. André Fauchet, évêque de Troyes, lequel à l'issue d'un déjeuner ayant lieu à Pâlis dans le but de régler cette délicate question devait déclarer haut et fort suite à la demande de son Vicaire Général de bien vouloir conclure cette rencontre par un avis définitif : « C'est assez clair, cher Père, ce sont des laïcs chrétiens comme le Concile en a souhaité la présence au cœur du monde, aussi, si on les affuble d'un statut canonique, ils sont foutus !... » avis corroboré en d'autres termes par des personnalités en Eglise les connaissant bien et partageant ce même point de vue quant à la mission des Laïcs après Vatican II, telle que Petite Sœur Magdeleine à Rome, Fondatrice des Petites Sœurs de Jésus... ou encore Jean Vanier.

Enfin, dans un premier temps du moins, mais un premier temps qui devait s'étaler sur bien des années, confondant en part et avec quelque naïveté peut-être les niveaux entre liens structurels (toujours relatifs) et communion spirituelle (fondamentaux) ils l'avait fait spontanément, comme par évidence, sans trop y réfléchir, et ce, essentiellement pour correspondre au plus près à leur mouvement premier de Foi en l'Eglise, lequel impliquait -comme en parallèle à leur oblature bénédictine relativisée par la hiérarchie - de demeurer en filiation par un biais ou par un autre... serait-ce en continuant de s'interroger sur les possibilités offertes par le droit canon.
Certes, ce travail les avait conduit dans un premier temps à une impasse et ils en étaient restés marqués.
Cependant il faut bien comprendre qu'à leurs yeux de néophytes en la matière à cette époque, ils croyaient en toute loyauté que du fait de sa « catholicité » le Droit Canon ne pouvait qu'être susceptible de répondre à « l'universalité » de leur situation puisque appelé par nature à sous tendre d'un point de vue juridique l'incarnation christique dans le monde à la lumière des Evangiles et de la Tradition, autrement dit selon eux, sans accepter ni rupture ni opposition de type dialectique entre le spirituel et le temporel, l'engagement inter-personnel et l'engagement professionnel, voire, avec toute la sagesse et les nuances que ce propos implique, entre l'ecclésial et le sociétaire... vaste question historico-théologique qui rejoint en son essence même celle de la Beauté reconnue comme salvatrice...

Dix années de travaux avec Mgr. Bouvier

Rencontrant de manière fortuite en 1985 un canoniste de renom dont jusque là ils ignoraient absolument tout, à leur grande surprise celui-ci porte immédiatement un intérêt tout particulier à leur cas et se propose en toute amitié, autrement dit bénévolement et bien entendu sans aucun mandat épiscopal particulier, de travailler avec eux. Contre toute attente la question de leur identité de laïcs chrétiens engagés en tant que tels dans leurs métiers et dans le monde retient dès l'abord toute son attention. Il y voit et l'avoue quelque chose de l'esprit du Concile Vatican II et de sa mise en acte. Or, les « clunisiens » ne l'apprendront que dans un second temps, il s'agit de l'une des plus hautes sommités en matière de droit canonique à l'époque, Mgr Maurice Bouvier, alors Secrétaire Général du Tribunal de la Signature Apostolique au Vatican.
S'en suivent une longue suite de rendez-vous de travail et d'échanges très riches qui, ayant lieu aussi bien à Rome qu'à Machy, Pâlis ou Grenoble afin de demeurer en phase avec le réel, s'étaleront sur près de dix années en deux temps.
Au terme d'une première période de sept ans, une Charte est rédigée, et, pour avoir pris en compte l'identité fondamentale de l'œuvre entreprise, semble convenir à tous... mais le Cardinal Decourtray n'est plus et il faut attendre la nomination de son successeur si l'on veut que cette proposition aboutisse et soit éventuellement reconnue.

Nouvelle élaboration canonique avec Mgr Balland

Nommé et une fois installé il se passera à nouveau dix huit mois avant que le nouvel archevêque puisse se rendre disponible et accueille Olivier Fenoy. Certes il a été averti contre l'O.C.C. par son entourage et le reconnaît, mais, homme à vouloir se faire une opinion par lui-même, il se montre fair play. Par contre, Docteur en Droit Canon, il se déclare dès l'abord et sans même en avoir pris connaissance, hostile à toute notion de Charte. Sans évoquer non plus un quelconque souci que soient immédiatement élaborés des statuts, alerté par les extravagances qui circulent sur l'identité de l'O.C.C. il en vient dans un premier temps à exprimer avec vigueur son inquiétude de fond. A savoir : Que les « clunisiens » nostalgiques d'un passé révolu et médiéval, veuillent se faire les apologistes d'une certaine forme de théocratie par leur façon de se vouloir explicitement chrétiens et très « catholiques » dans leur art tout comme au cœur de la vie culturelle et au final sociétaire. Le hiatus est total et sans masquer une certaine approbation de la séparation de l'Eglise et de l'Etat tout en paraissant assez surpris qu'Olivier Fenoy soit en plein accord avec lui sur ce point, il développe son opposition radicale et celle de l'Eglise à quelque vision théocratique que ce soit.

L'échange se prolonge. Revenant sur les fondamentaux qui ont donné naissance à la Compagnie et, par voie de conséquence à l'Office Culturel de Cluny, à la suite d'une démarche aussi bien empirique qu'existentielle se libérant au fil des années de tout prosélytisme, Olivier Fenoy en vient à aborder ce qui pour lui est l'essence même d'une certaine spiritualité de la Beauté.
Pour ce faire, il évoque l'appel de Pie XII aux artistes, l'interprétation personnaliste, la nécessité intérieure, bref autant de sujet largement évoqués plus haut...
Enfin, il présente à l'Archevêque cette même approche de la Beauté salvatrice d'un point de vue sociétaire comme un jeu de complémentarité des couleurs, des individus et des cultures seul en mesure de révéler la mosaïque des peuples et leur tension à l'Unité... autrement dit comme une vision du monde sans doute chrétienne puisque Christique et corroborant la prophétie de Teilhard de Chardin évoquant le mouvement irréversible d'amorisation de la Création, mais vision en tout état de cause, aux antipodes de tout enfermement théocratique.
Visiblement interrogé par cette présentation de l'intuition fondatrice de l'O.C.C. pour lui tout à fait inattendue, Jean Balland reconnaît alors qu'il pressent bien dans celle-ci les fondements d'une spiritualité propre, voire, d'une théologie du Beau. Cependant, souhaitant prendre un peu de recul, il propose un temps de réflexion et demande que lui parvienne une solide documentation, puis, raccompagnant Olivier Fenoy, il lui confie :
« A vrai dire, on vous situe à tort comme l'une des nombreuses communautés nouvelles apparues au cours de ces dernières décennies et liées peu ou prou au Renouveau Charismatique alors qu'à l'évidence, et libres de toute utopie passéiste, j'en conviens, vous m'apparaissez bien plutôt aujourd'hui comme une sorte de résurgence du Compagnonnage ».

Deux mois plus tard, nouvel entretien : l'Archevêque, à la veille d'être créé Cardinal, convient d'emblée qu'après lecture des documents fournis et l'attention portée à divers avis autorisés, il conçoit désormais que l'intuition esthétique véhiculée par les « clunisiens » puisse être reconnue comme s'inscrivant dans la mouvance ecclésiale proposée par Gaudium et Spes.
Cependant il avoue qu'il demeure questionné par un éventuel mélange des genres qui ne manquerait pas d'être interprété comme tel selon lui par une partie de l'opinion (sans oublier les « politiques ») même s'il ne devait jamais être le fait des membres de l'association eux-mêmes - ce qui reste à vérifier -.
Bref, en tant que canoniste, il reconnaît qu'il ne voit pas comment l'Eglise d'un point de vue Canonique pourrait s'engager dans des actes relevant de la seule responsabilité des laïcs comme la mise en œuvre en tant que telle d'une Troupe de Théâtre, d'un Cabinet d'Architecture et d'Urbanisme ou d'un projet d'animation globale. Aucun article ni même l'esprit du Droit Canon ne le permet, précise-t-il, sauf à créer un précédent qui admettrait que ces actes de fondations diverses requièrent bien l'engagement plénier et pourquoi pas au nom de leur Foi des personnes concernées, ce qui demanderait l'aval de Rome et du fait même ferait jurisprudence. Enfin, il admet que le Concile Vatican II a ouvert aux laïcs des perspectives nouvelles que le nouveau Droit Canon, bien que récemment mis à jour n'a pas encore intégré... et que rien ne permet d'envisager que cela se fera d'ici à longtemps.
Aussi, faute de pouvoir prétendre en l'état à une Prélature Personnelle du Saint-Père comme l'Opus Dei (sourires) en vient-il à proposer une solution qui pourrait n'être que provisoire :
De même que différentes réalités nées de l'OCC relèvent aujourd'hui et par la force des choses des législations française, chilienne, canadienne ou encore des Etats-Unis d'Amérique (nous sommes en septembre 1997) et pour continuer d'ouvrir l'éventail des structures diverses, autonomes et éventuellement même, parallèles, que quelques uns des membres de l'œuvre qui s'y sentiraient appelés, constituent, sous la conduite de Mgr. Bouvier, cette fois-ci mandaté à cette effet, une Association Privée de Fidèles de droit ecclésiastique ayant pour objet « la Formation » au sens large bien que destinée par nature aux plus jeunes. Il s'agirait en d'autres termes, d'une sorte de « Scolasticat », pépinière éventuelle, de futurs membres, mais qui demeurerait cependant ouverte, et l'Archevêque y tient, aussi bien à d'autres membres adultes, par exemple en tant que formateurs, qu'à certains jeunes non directement concernés par les mondes artistiques et socio-culturel.
Contribuant à répondre à la question à ses yeux primordiale de la formation de ces jeunes générations que « l'Institution Eglise » ne sait plus atteindre tout en transmettant l'interpellation propre aux « clunisiens », cette association ne recouvrirait pas, loin s'en faut, l'ensemble de l'identité « clunisienne ». D'ailleurs, elle n'exigerait pas, tout au contraire, que chacun des permanents privément engagé en soit membre (pas même et selon son libre choix, Olivier Fenoy), mais, en parallèle aux autres structures, sans vouloir ni pouvoir légalement interférer sur la vie de celles-ci, elle établirait au sens large un lien d'Eglise qui, pour être institutionnel, conviendrait à tous et rassurerait l'opinion sans pour autant contredire l'intuition originale.

Au regard d'une telle proposition, la stupeur fût grande chez les « clunisiens ». Abandonner la perspective d'une Charte d'ensemble et faire naître une structure d'Eglise, dont tout engagé à fonder l'œuvre n'était pas conduit du fait même de son engagement à être automatiquement membre, une structure qui ne prenait en compte et ne recouvrait ni le Théâtre de l'Arc en Ciel, ni l'ATAU, ni aucune des réalités nées de l'O.C.C. ni non plus, perçue au minimum dans sa globalité comme le fait l'article 2 des statuts de l'Office Culturel de Cluny, l'initiative originale des « clunisiens »... voire, aller jusqu'à l'ignorer... c'était pour eux vouloir faire exister par pur souci de communion ecclésiale une structure parfaitement dépourvue de sens, d'autant qu'en fait de « Formation » l'Ecole de Cluny existait déjà.
Cependant, obéissants et bien que déstabilisés, après bien des débats internes, de guerre lasse, ils se mirent au travail.
Six mois plus tard, sans trop savoir où ni comment prendrait corps cette Association Privée de Fidèles, mais pour avoir œuvré avec la meilleure bonne volonté avec Mgr. Bouvier au cours d'une suite de rencontres pouvant aller d'un après midi à trois jours, un ultime temps de rédaction des statuts a lieu des 28 Février au 1er Mars 1998 au château de Machy et au soir de ce 1er Mars l'affaire est conclue, les statuts rédigés, les personnes en charge de les soumettre à l'Archevêque missionnées, puisqu'il n'y manque plus que sa signature, le texte correspondant point par point à son attente.
Vers 19 heures et pour prendre l'avion du soir Mgr. Bouvier est raccompagné à Satolas. A 23h30, appel de Rome de ce dernier : Il désire joindre Olivier Fenoy immédiatement. Lui demande s'il sait la nouvelle et lui apprend la mort ce même 1er Mars du Cardinal Balland... L'émotion est vive. Mgr. Bouvier se demande après tant d'années de travail, s'il n'y a pas là comme un signe et très vite l'évidence de la nouvelle situation est prise en considération par l'un comme par l'autre : le texte rédigé n'est plus d'actualité. Tout de cette élaboration canonique ne pourra être repris et bien évidemment à la base, qu'après qu'un nouvel Archevêque se soit vu nommé au siège épiscopal de Lyon.

Continuité du dialogue avec Mgr. Billé : nouvelle attente de près de deux années et réponse finale

Nommé en Juillet 1998, Monseigneur Louis-Marie Billé, nouvel Archevêque de Lyon, ne sera en mesure de recevoir une première délégation de « clunisiens » qu'en 2000. Cependant, contrairement au Cardinal Decourtray, Le Cardinal Balland a laissé à son successeur un solide dossier sur l'Office Culturel de Cluny indiquant entre autres sa proposition.
Or, ayant pris connaissance de l'ensemble des pièces et après avoir reçu par deux fois et écouté avec grande attention ses interlocuteurs, contre toute attente et à la satisfaction générale, c'est le Cardinal Billé qui va pour finir trancher et orienter l'avenir en remettant « la flottille clunisienne » sur son cap d'origine et dans ses eaux naturelles.
Sensible plus que quiconque au fait que les « clunisiens » aient été conduits dès leur fondation en tant que troupe théâtrale à s'inscrire dans la filiation régulière selon Saint Benoît, ayant retenu d'après l'un de ses proches, l'intervention de Mgr. Fauchet... « si on les affuble d'un statut canonique, ils sont foutus » , il devait déclarer à l'issue du second et dernier entretien sur ce thème :
  - « Nés trop tôt ou trop tard, votre malchance est peut-être d'avoir dans le contexte ecclésial actuel quelque cinquante ans d'avance » et de préciser qu'à ses yeux, pour s'être donnés comme mission en tant que baptisés d'incarner un certain type de présence au monde par leur art et leurs engagements sociétaires, les « clunisiens », contrairement à ce qui se vivait dans les années du Concile, ne sauraient être entendus en Eglise comme tels alors que depuis ces dernières décennies, celle-ci en France comme dans plusieurs pays européens n'est en premier lieu préoccupée que de Pastorale d'ensemble. D'où sa proposition en guise de conclusion :
  - « Soyez toujours mieux qui vous êtes et faîtes vous reconnaître en tant que tels tout en sachant demeurer proches de vos évêques dans chacun des diocèses où vous êtes implantés pour autant que ceux-ci s'y montreront ouverts, et rédigez pour vous-même une charte particulière de chacune de vos identités dont le fruit sera une charte d'ensemble... ».

Ces propos, au grand soulagement de tous, devaient mettre un point final à près de vingt ans de tergiversations.
Aujourd'hui, les chartes de ces différentes réalités sont écrites et les évêques des divers diocèses où sont implantés ces réalités sont tenus régulièrement informés de celles-ci.

L'OFFICE CULTUREL DE CLUNY AUJOURD'HUI :

Association mère de quelque vingt trois réalités juridiques différentes implantées ou agissantes en France, au Québec, au Chili, aux USA, mais également en Algérie, en Belgique, au Burkina Faso, en Espagne, en Hongrie... etc.
L'O.C.C. ne mène plus aujourd'hui d'activités directement ordonnées au terrain ni même, au sens formel, en tant que Fédération. Comme une bonne mère prend du recul lorsque sont devenus adultes ceux et celles auxquels elle a donné vie, l'association, carrefour de données et d'expériences , s'est muée en lieu de ressources et de conseils tout en continuant de parrainer les initiatives nouvelles qui procèderaient de sa grâce. Réceptacle avant d'être canal d'une vision personnaliste et globale d'un monde décentralisé où l'homme, chaque homme, chaque femme, est appelé à se révéler dans sa couleur propre pour avoir cru que la lumière procède du noir et qu'en cela la Beauté sauve le monde, elle veille par ses membres à ce que plus de vingt réalités issues d'elle vivent en communion.

Quant à chacune de ces réalités, pour s'être laissées devenir au fil des ans « compagnies », « ateliers » ou « corporations » afin de correspondre toujours mieux à l'exigence première de l'art exercé et quelle que puisse en être la couleur particulière (théâtre, beaux-arts, mise en valeur du patrimoine, architecture ou éducation, musique ou spectacles d'expression populaire…) elles travaillent toujours sur cette ligne de crête Création-Animation, initiée par Copeau et Chancerel en leur temps.

  - la Création étant ce qui nourrit et renouvelle en permanence le rayonnement de ces différentes entités, pour autant qu'elle procède de ce compagnonnage appelé de ses vœux par Jacques Copeau en 1913 et élargit par les clunisiens au delà du seul milieu de la scène à un certain nombre de corps de métier.
  - l'Animation, de son point de vue et comme en retour, exigeant une constante ouverture à l'autre dans un souci d'éducation populaire où l'acte artistique selon Chancerel est alors exercé comme un service et l'attention aux plus pauvres comme une chance.

Enfin, puisque l'histoire ne s'arrête pas là, pourquoi ne pas inviter toute personne qui le désire à visiter le site www.congres-beaute.org dont nous reprenons ici une trop courte définition et qui à lui seul récapitule toute l'intuition de départ, dans une mise en œuvre qui dépasse très largement la poignée de ces " clunisiens " que Marthe Robin encourageait à s'ouvrir aux réalités de l'occident tout entier :
Venant de nombreux pays et continents, des hommes et des femmes de tous métiers se retrouvent régulièrement depuis 1993 dans un congrès au titre insolite « Et si la beauté pouvait sauver le monde ? ». Ils partagent une même conviction : le beau agit en profondeur, il redonne à l'homme dignité et espérance. Dans ces rencontres, temps de fête, de travail et de ressourcement, ils se retrouvent pour partager leur quête et leur expérience, formant une mosaïque colorée, ouverte, qui laisse le champ libre à de nouvelles pratiques susceptibles de donner du sens à notre actualité artistique, sociale, culturelle et économique.

En guise de conclusion :

» Quand des esprits religieux aspirent au royaume de Dieu, ils pressentent que son avènement doit être une révélation nouvelle. Dès ses débuts, le christianisme avait un aspect prophétique, un élan vers quelque chose d'inconnu qui devait venir et qui n'était dévoilé qu'en symboles et en signes dans l'Ecriture. Cependant, ceux qui restent fidèles à la révélation chrétienne éternelle peuvent-ils en admettre une nouvelle ? C'est l'une des antinomies de la conscience religieuse. Le christianisme contient non seulement du révélé, mais encore du voilé. Le royaume de l'Esprit reste celé, il ne se découvre que dans la vie créatrice de l'Esprit, dans le prophétisme libre. L'œuvre créatrice de l'homme ne pouvait se révélée par l'Ecriture, elle est manifesté librement par l'homme même. Mais une véritable création religieuse n'est possible que pour l'homme qui accomplit la vérité de la loi et celle de la rédemption, qui rend son esprit fort par le Christ et dans le Christ. »
Extrait de l'inégalité de Nicolas Berdiaev L'âge d'homme

ANNEXES
Deux exemples d'évènements réels, récupérés et falsifiés avant d'être jetés en pâture au grand public par ces personnes peu scrupuleuses décidées à nuire à l'O.C.C par tous les moyens

AFFAIRE LAUGIER :

En février 1977, Claude Laugier, comédien ayant joué régulièrement avec la Compagnie depuis 1966, ami d'Olivier Fenoy et membre du Conseil d'Administration de l'Association après en avoir été longtemps Vice-Président, se retrouve en situation de faillite agricole et envisage de vendre son domaine du Claux situé à Entrevaux, dans les Alpes de Haute Provence, à moins de trouver une solution miracle. Aussi, en ultime recours, vient-il trouver ses amis réunis à Pâlis, dans l'Aube. Sachant en effet que l'OC.C. vient d'obtenir des subventions pour y acheter et y aménager en Centre Culturel le Domaine du Tournefou, il voudrait pouvoir bénéficier des mêmes aides. Ses interlocuteurs lui font alors remarquer que ministères et collectivités ne sauraient subventionner un particulier comme une association reconnue d'intérêt général. S'ensuit alors un long échange. Laugier insiste pour qu'on lui trouve une solution, habitué qu'il est d'être aidé et secouru depuis des années, dans sa laborieuse tentative de retours à la terre, par Olivier Fenoy. Vendre, au fond, il ne peut s'y résoudre. Le Claux est un bien de famille et il a des enfants qu'il aurait le pénible sentiment de spolier, du fait de ses erreurs… Trois des sept personnes présentes, Sophie Vial, Ange Guibert et Olivier Fenoy se trouvant respectivement marraine et parrains de deux de ses enfants, ce sera l'argument décisif.
Une proposition à soumettre au Conseil d'Administration prend corps : Pourquoi, ne pas fonder un centre culturel qui soit, entre autres, un lieu d'accueil et de réinsertion où l'on pratiquerait essentiellement la culture biologique, chère à Claude ? L'O.C.C depuis 1970, on l'a vu, se trouve de plus en plus confronté à la marginalité sur ses terrains d'animation. Le type de vie commune des permanents s'avère être une forme de thérapie pour ces jeunes sans port d'attache à la seule condition que, pour sortir de la drogue par exemple, on les incite au travail. Dans ce but, l'O.C.C. pourrait louer le domaine du Claux à la condition que le bail soit au moins trentenaire, condition exigée pour que le projet puisse bénéficier de subventions d'aménagement (le corps principal des bâtiments est en très mauvais état, les autres en ruines, il n'y a pas l'eau, les terres sont au 9/10ième en friche, l'oliveraie abandonnée et surtout le chemin d'accès n'est pas carrossable).

Tel devait être dans ses grandes lignes le projet que quelques semaines plus tard le Conseil d'Administration devait entériner malgré les longues hésitations du Président de Kiss, Claude Laugier étant présent au double titre de bailleur potentiel et de membre du C.A. L'OC.C. bien que n'ayant aucune disponibilité de trésorerie, mais ayant obtenu sur présentation de dossier une promesse d'intervention du F.I.C. (Fonds d'Intervention Culturelle) pour travaux, louerait à bail trentenaire le Domaine du Claux (exception faite du lieu dit « le Petit Claux » et des terres attenantes, réservés pour sa famille) à charge de régler sur d'autres fonds que ceux alloués par le FIC les dettes de Laugier (environ cent mille francs), de restaurer intégralement les bâtiments principaux, de relever les ruines des bâtiments annexes et de remettre l'ensemble de la propriété en vie afin qu'elle puisse être restituée aux enfants Laugier en bon état en 2007. Soit, au final, quelque deux millions de francs de l'époque (ou trois cent mille euros), lesquels furent réalisés au cours des 27 années d'occupation des lieux.
Or, trois ans après la signature du bail (1er juin 1977), dettes couvertes et subventions du FIC de 400 000 francs, plus subventions locales, englouties dans les travaux de première urgence (dont l'ensemble des toitures, le chemin d'accès et une première adduction d'eau) Laugier, ayant repris sa profession de comédien à Paris, se retourne contre l'O.C.C...
Il exige que le domaine du Claux lui soit restitué, ce que l'O.C.C. ne peut en aucun cas envisager, lié qu'il est par les subventions reçues qu'il devrait dans ce cas rembourser, ce dont il est bien incapable.
La situation devenait inextricable d'autant que Laugier bien évidemment s'engouffrant dans la rumeur de secte et soutenu par la véhémence de quelques uns dont l'un des frères d'Olivier Fenoy, , se mit à accuser l'O.C.C. de l'avoir spolié, d'avoir profité de son état dépressif pour lui faire signer le bail... dont il était le seul demandeur.
Le contentieux juridique allait durer vingt ans. Du tribunal d'Instance en Appel et jusqu'en Cassation, l'O.C.C. allait toujours obtenir gain de cause, mais après que la validité du bail ait été définitivement reconnue, Laugier jouera sur la délimitation des terrains, arguant dans un second temps et appuyé par l'UNADFI de la « manipulation », misant sur les médias de presse écrite, de radio et plus encore de télévision pour influencer l'opinion et laissant entendre par intervieweur interposé que les sectes sont à ce point puissantes qu'elles l'emportent en justice !!!... etc.
Enfin, cette rude campagne de calomnies s'étant lentement éteinte entre 2000 et 2001, Olivier Fenoy devait recevoir une lettre de demande de pardon de Claude Laugier en 2004 avant d'être convié à son chevet par ce dernier trois jours avant sa mort...

AFFAIRE P...

Un suicide dans les locaux de l'association et son exploitation médiatique :
Cinq ans durant, puis, via une résurgence médiatique tout à fait inattendue, onze ans après l'événement - aussi tragique et malheureux qu'il ait pu être en lui-même - on devait tenter de faire porter à l'O.C.C. (et lors de l'exploitation télévisuelle de « l'affaire » plus particulièrement à Olivier Fenoy) la responsabilité du suicide d'une jeune fille s'étant donné la mort dans les locaux de l'association.
Hostiles dès l'origine au choix de leur fille de suivre une formation à l'école de Cluny (école de formation d'animateurs socio-culturels située alors au domaine de La Brûlaire en Maine et Loire) ce furent les parents de cette jeune femme qui estèrent en justice. L'auraient-ils fait s'il n'y avaient été poussés par la volonté d'exploiter ce qui devenait une « affaire » pour les associations anti-secte alors en pleine agitation ?... Quoiqu'il en soit, le Tribunal d'Instance de Cholet devait rendre assez rapidement une ordonnance de non-lieu.

Mais le scandale n'allait pas s'arrêter là. Il y avait eu radio, presse régionale puis nationale, tergiversations épiscopales : il y eut Appel. Malgré l'acharnement obsessionnel et incompréhensible de l'UNADFI, la Cour d'Appel d'Angers devait confirmer ce non-lieu, après avoir, deux ans durant, diligenté commission rogatoire sur commission rogatoire dans les différents centres fédérés par l'O.C.C. en France comme au Québec et conclu, au grand soulagement des « clunisiens » qu'elle n'avait été observé aucune emprise de type sectaire sur les personnes dans ces différents établissements.
L'affaire semblait classée. Seule la rumeur perdurait car ce genre de calomnies ne s'éteignent jamais d'autant qu'il y eu un long document rédigé par un personnage auto-proclamé redresseur de torts et publié par l'UNADFI dans sa revue « Bulles » en 1993 intitulé : « Heurs et malheurs le l'Office Culturel de Cluny ». Celui-ci devait contribuer largement à la diffusion non seulement de cette accusation infamante mais également à une succession d'inepties dont, hélas, un certain public est friand.
Mais de là à imaginer qu'en 1996, lors de la parution de la liste parlementaire, (Cf. p 28) une journaliste de France 3 Région Rhône-Alpes dépourvue de la moindre parcelle de déontologie professionnelle puisse réactualiser cette douloureuse affaire onze ans plus tard, personne à l'Office Culturel de Cluny ne l'aurait pu.

LES FAITS :

Cette journaliste en effet, devait venir à Machy sous prétexte de réaliser un « sujet » sur « Phèdre » dont Olivier Fenoy avait alors entrepris la mise en scène, Iris Aguettant interprétant le rôle titre.
Elle investit le château deux jours durant avec son équipe, prend nombre de plans en toute liberté (dont des temps de répétition) et alors qu'elle interview Olivier Fenoy sur son travail, lui pose la question à brûle pourpoint :
  - « Et dites-moi, Olivier Fenoy, sur les accusations dont vous faites l'objet, comment réagissez-vous ? »
Celui-ci éclate de rire et lui lance :
  - « Moi, madame ? mais, je vous l'ai déjà dit, je fais du théâtre ! «...
La phrase est en boîte... quelques semaines plus tard, la programmation d'une émission sur les sectes est annoncée comprenant des sujets tels que le Mandarom, la Scientologie... et... l'Office Culturel de Cluny.
Les animateurs de « Cluny » se renseignent. Apprenant qu'il y serait question du suicide de Christine P. ils interviennent immédiatement auprès de France 3. Reçus correctement au téléphone, ils adressent au rédacteur en chef de cette chaîne, copie des jugements d'Instance et d'Appel les ayant mis hors de cause et pensent l'affaire réglée. Vient le soir, où l'émission est programmée. Sur « Phèdre », pas un mot, ce n'est pas le sujet, mais par contre...
Après qu'eût été présenté le château vu d'avion comme un haut lieu impénétrable alors qu'il est toujours ouvert, on nous met en image comme saisi au téléobjectif par surprise, le « Gourou » solitaire au regard fixe et quasi extatique arpentant le parc... un montage et un commentaire aussi primaires que déshonorant plus encore pour ses auteurs que pour la personne concernée.
Juste après ces images d'introduction se voulant solennelles, on en vient à la photo présentée en gros plan de la jeune fille qui s'était donné la mort avant de découvrir que ce portrait est accroché au mur d'une cuisine où se trouvent ses parents...
S'en suit une longue séquence sur les parents éplorés puis tombe la phrase finale du père mangeant sa soupe :
  - « Ma fille, ils m'l'ont pendue ! » à laquelle fait écho dans un éclat de rire la réponse d'Oliver Fenoy au ... « sur les accusations dont vous êtes l'objet , Olivier Fenoy, comment réagissez-vous ? » (réponse devenue dans ce contexte parfaitement déplacée) :
  - « Mais, madame, je vous l'ai déjà dit : moi, je fais du théâtre »...
Fin du sujet par une courte conclusion et on en vient au Mandarom et à la suite de l'émission...
Défile enfin le générique et toujours dans la même attitude se voulant sérieuse et consciente de la gravité des sujets abordés sur le plateau, revient l'animateur de la soirée pour déclarer : L'Office Culturel de Cluny nous prie de faire savoir à nos auditeurs que quant au suicide de Christine P. le Tribunal d'Instance de Cholet comme la Cour d'Appel d'Angers ont respectivement prononcé un non lieu... etc...
Mais le mal était fait, profond et indélébile, avec de surcroît l'impossibilité pour l'association d'obtenir réparation, la Direction de France 3 ne voulant rien entendre sur l'ignominie du montage, ayant immédiatement répondu que vu la mise au point faite à l'issue de l'émission, d'un point de vue légal, l'O.C.C. ne pouvait plus rien exiger... ce que les avocats de l'Office furent bien obligés d'admettre.
En conclusion, qu'il nous soit permis de faire remarquer, qu'en fait de manipulation, vu le comportement de ces fauteurs de troubles patentés qui se croient tout permis sous prétexte de journalisme d'investigation, tout cela avait bien relevé d'une authentique manipulation... mais de l'opinion et des permanents de l'association, lesquels salis, ne furent jamais lavés de cet opprobre.

Pour tous renseignements : contact@officeculturelcluny.org